Après des mois de titres de journaux évoquant la « crise grecque », le possible « éclatement de la zone euro », et malgré la grève générale contre l'austérité prescrite au pays par ses créanciers - FMI et zone euro -, la présence de ces banquiers d'affaires en costumes stricts dans le hall de l'hôtel Hilton illustre la dualité d'un pays, encore loin d'être ruiné.
« C'est simple, ils nous veulent pour clients, car nous sommes une industrie très dynamique », résume pour l'AFP George D. Gourdomichalis, armateur et président de l'Association Piraeus Marine Club, qui regroupe 700 armateurs.
Très peu d'entre eux sont cotés en Bourse, « une quinzaine tout au plus », selon M. Gourdomichalis. Constat confirmé par Éric Schless, directeur général de Wells Fargo Securities. « Je dirai qu'un armateur est en Bourse pour trois ou quatre qui n'y sont pas, dit-il à l'AFP, Il y a beaucoup de travail à faire pour nous ici. » « D'ailleurs,, nous aimons beaucoup venir en Grèce », ajoute-t-il.
L'attrait de Wall Street pour Athènes est probablement renforcé par l'affichage récent des ambitions de la Chine, qui a proposé son aide, via une ligne de crédit de 5 milliards de dollars, aux armateurs grecs pour financer l'acquisition et la construction de navires.
« Le grand jeu pour les Chinois va être de mettre en place un pont maritime pour exporter les marchandises chinoises, je ne pense pas que leur but soit de soutenir l'industrie, ni d'engager une relation de longue durée », avertit d'emblée un banquier américain, à la tribune du rendez-vous, le deuxième « Forum annuel de la marine marchande grecque ».
Juste après, un responsable de Bank of America-Merrill Lynch explique que le levier essentiel à contrôler en cas d'introduction en Bourse est celui de la « com-mu-ni-ca-tion », grâce à une équipe de direction « très, très professionnelle ».
Un autre précise que le groupe qui cherche à séduire les boursiers doit surtout être attaché à répondre à « tous » les désirs des « investisseurs », « même quand les choses ne vont pas bien ».
Un bras se lève. Une voix ensoleillée et rocailleuse, un armateur qui ne se nomme pas, veut savoir « combien une société doit investir pour être à Wall Street ? ». Il s'impatiente devant des réponses jugées trop allusives et demande un peu abruptement : « 1 million, 2 millions, 3 millions ? » Finalement, la réponse tombe : entre 500 000 et 1,5 million de dollars en frais d'avocat, puis 6,5 à 7 % du montant que l'introduction en Bourse permet de lever, 60 % de cette somme revenant au banquier qui a placé les titres.
« Dans ce forum, avec les armateurs, on voit l'autre visage de la Grèce », résume un participant, qui requiert l'anonymat.
Face aux critiques contre ces nantis, vivant à Londres ou à New York, et soupçonnés de ne pas s'intéresser assez aux difficultés financières de leur pays d'origine, M. Gourdomichalis défend au contraire l'impact « positif » du secteur dans la vie du pays.
« Nous employons directement ou indirectement 250 000 personnes en Grèce », souligne-t-il, en rappelant qu'avec près de 50 % des bateaux en circulation, la flotte de marine marchande grecque est la première du monde.
« L'an dernier, nous avons importé dans le pays en devises fortes l'équivalent de 6 % du PIB » et « sur les 9-10 dernières années, nous avons fait entrer en Grèce 145 milliards d'euros, soit la moitié de la dette du pays (...) alors que nos bateaux ne sont même pas au Pirée (le grand port près d'Athènes), mais sur toutes les mers du monde », ajoute-t-il.
Source : AFP

