Les sunnites se sont rassemblés. Pas totalement, mais assez pour dégager une volonté communautaire. Voilà se coaguler autant que les chiites autour du tandem Hezbollah-Amal ? Ce serait le premier signal d'un système fédératif communautaire, chacun régnant chez soi, sonnant le glas du Liban de la coexistence et du pluralisme. Paradoxalement, le risque est atténué par le fait que les chrétiens restent pour leur part trop divisés pour dégager un royaume bien à eux. Quoi qu'il en soit, rêver d'une récollection permettant de rétablir la démocratie et une autorité publique forte semble relever de l'utopie. Car pour y parvenir, il faut encore que le sens de l'indépendance nationale puisse s'exprimer. Que l'on n'ait plus besoin d'un arbitrage étranger, aussi amical qu'il paraisse. Ni S-S ni USA. Or cette option, ce sont des Libanais, ultime offense contre l'esprit, qui sont les premiers à la rejeter. Pour servir des desseins extérieurs.
Dès lors, la réussite de la révolution du Cèdre, que le sang versé par les martyrs à la date commémorée hier au BIEL, avait permise, a lentement, mais sûrement, tourné au fiasco final. D'abord à cause de la menace-chantage de l'armement du Hezbollah, tourné vers l'intérieur. Ensuite, toujours grâce à cette épée de Damoclès, la mise en place forcée d'un cabinet dit d'union nationale que l'opposition a utilisé pour empêcher l'émergence d'un État de droit fort, libéré par rapport aux axes, souverain, seul détenteur des armes, imposant le règne de la loi sur l'ensemble du territoire national. Sans plus de périmètres de sécurité, de ghettos libanais réservés ou de bases palestiniennes hors des camps. Sans plus de pollution des frontières par le trafic d'armes ou de contrebande. Sans plus d'équivoque sur le tracé, Chebaa en tête.
Cela étant, il faut être frappé de cécité démente pour ne pas convenir que le TSL poursuivra sa mission jusqu'au bout, contre vents et marées. Les tentatives d'en entraver les travaux sont déjà étouffées dans l'œuf. Les diversions, comme le dossier des présumés faux témoins, ne torpilleront, ni même ne retarderont, l'acte d'accusation. Et une éventuelle secousse politique majeure au Liban, comme un départ du gouvernement débouchant sur une crise de pouvoir, ne pourra pas mordre sur la procédure internationale.
Un ministre, réputé pour ses analyses pointues, relève la dangerosité d'un conflit interne surréaliste, puisqu'il porte sur le sort d'un TSL seul maître de ses destinées. Il exhorte les leaders libanais à assumer ensemble une responsabilité historique à l'égard de la nation. Pour se rappeler que notre pays ne vit, et ne survit, que par des compromis équilibrés. Des arrangements fondés sur le principe ni vainqueur ni vaincu. Il vaut infiniment mieux y recourir avant qu'il n'y ait un nouveau bus de Aïn el-Remmaneh, plutôt que d'y revenir, comme à Taëf, après des années de dévastations et de bains de sang. Les négociations pour une entente doivent donc intervenir avant l'acte d'accusation de Bellemare.
Les pôles libanais, insiste ce ministre, doivent absolument barrer la voie aux parties extérieures malveillantes, comme Israël, qui ne rêvent que de voir le Liban plonger dans la discorde et la guerre civile. Servant de détonateur à des chambardements régionaux, qui d'ailleurs se pointent, menant non pas à une paix conclue à chaud, mais à la dislocation du Moyen-Orient en mini-États confessionnels ou ethniques. Qui seraient facilement dominés, à la merci, de l'État hébreu.
Une première tentative dans ce sens avait été soutenue, et même initiée, dans les années soixante-dix par le machiavélique Dr Henry (Kissinger). Il voulait « exoder » les chrétiens du Liban par fournées de bateaux, vers le Klondike canadien ou le bush australien, si attrayants. Pour fractionner ensuite le Liban et y installer, aux côtés de cantons dévolus aux druzes, aux sunnites et aux chiites, un État palestinien. Mais le Front libanais lui avait ri au nez, avec le concours de la Syrie, qui trouvait dans son appui aux chrétiens un moyen des plus commodes de s'introduire dans la bergerie.


Israël Katz assure que l’armée israélienne « conservera sa liberté d’action militaire » au Liban malgré la nouvelle trêve