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Liban - Vie Quotidienne

La cherté de vie, un défi au quotidien

Comment les ménages se débrouillent-ils avec la hausse des prix des denrées alimentaires essentielles et des carburants, entre autres ? Des témoignages montrent qu'ils font preuve de plus en plus d'imagination pour joindre les deux bouts.

Nabil Fahed : C’est la concurrence qui garde l’inflation dans des marges raisonnables.

Les Libanais vivent désormais dans la terreur des factures. Mazout, générateur, écoles ou universités, supermarché... Aucun salaire ne semble suffisant pour venir à bout de ces défis au quotidien.
« Tout a renchéri de manière substantielle, souligne Manal, une mère de quatre enfants. Le prix du lait et des produits laitiers a triplé en quelques mois. La viande, les légumes et les fruits sont désormais hors de prix. Il y a quelques années, cent mille livres me remplissaient le frigo pour une semaine. Aujourd'hui, ils ne me suffisent plus pour quelques jours. Le problème, c'est que les rentrées de mon mari, elles, n'ont pratiquement pas bougé en dix ans ! »
Leila, mère de cinq enfants, confirme. « Étant une famille nombreuse, il nous est de plus en plus difficile d'assurer les produits de première nécessité, dit-elle. Prenez le prix d'une simple laitue, il a triplé en un an. Et il en va de même pour toutes les denrées. Les deux salaires de mon mari sont parfois engloutis dès la moitié du mois. »
Ce sont les grosses factures plutôt que les achats quotidiens qui préoccupent Jihane, mère de famille et femme active. « Nous avons de grandes traites à payer pour le logement et le travail, dit-elle. Mon salaire en couvre une partie, mais les revenus de mon mari, qui exerce une profession libérale, sont irréguliers. Je redoute les grosses factures comme celle du mazout pour le générateur et le chauffage, ainsi que les imprévus. »
Comment ces femmes-là ont-elles résolu de faire des économies ? « J'ai réfléchi au problème sous tous les angles, il m'est pratiquement impossible de réduire la quantité de nourriture à acheter avec autant de bouches à nourrir, explique Manal. J'ai dû renoncer à acheter des habits aux enfants, on se débrouille comme on peut. Les sorties sont réduites au minimum. Les autres dépenses essentielles sont elles aussi devenues problématiques : avec le prix du mazout, la facture du générateur est passée de 30 à 80 dollars en quelques années. »
Leila, elle, avoue qu'elle a recours aux économies de bout de chandelle, soulignant au passage qu'il devient impossible de garder le même niveau de vie qu'auparavant. « J'essaie de faire des économies sur tout, même si je ne suis pas sûre d'y réussir, indique-t-elle. Les enfants ont compris que certains petits plaisirs doivent être sacrifiés. Ils aiment, par exemple, les céréales importées au petit-déjeuner. Or il leur faut pratiquement une boîte par jour, ce que je ne peux plus leur assurer. Il se contenteront d'autre chose. »
Leila s'insurge contre le fait que même certains droits leur sont déniés. « C'est une société qui donne trop d'importance aux apparences, remarque-t-elle. À titre d'exemple, les écoles catholiques sont supposées accepter le quatrième enfant gratuitement. Or quand mon mari en a ouvert question, l'administration lui répond qu'il ne convient pas à une personne qui n'est pas dans le besoin de demander de l'aide. Or ce n'est pas de l'aide, c'est un droit ! »
Jihane, quant à elle, refuse de faire des économies sur la nourriture. « Je trouve qu'il faut être bien chez soi, cela vous évite d'ailleurs de sortir trop souvent, dit-elle en souriant. Par exemple, je suis habituée à mon boucher qui me fournit une certaine qualité de viande, je ne compte pas le remplacer par un autre fournisseur moins cher, même si la moindre de mes factures s'élève désormais à une centaine de dollars. Les économies, je les fais là où je peux. Par exemple, dans les moments durs, j'évite d'acheter des habits. J'essaie aussi de réduire les dépenses de mazout en chauffant une fois par jour par exemple. Notre générateur ne fonctionne pas toute la nuit. Et ainsi de suite. »

Une hausse de 60 %... depuis 2006
La cherté de vie n'est pas qu'une impression, c'est une réalité sur laquelle Zouhair Berro, président de l'Association de protection du consommateur, peut mettre un chiffre. « Selon le panier échantillon auquel nous nous référons pour notre étude annuelle, les prix ont augmenté de l'ordre de 60 % depuis 2006, dit-il. Est-ce que les salaires ont augmenté de 60 % ? »
Il ajoute : « Toujours selon nos statistiques, le besoin minimum d'une famille de quatre personnes au Liban est de deux millions de livres par mois. Or beaucoup de familles ne font pas autant d'argent. Les chiffres sur la condition des ménages fournis par le ministère des Affaires sociales en 2004 montrent que 83 % des foyers vivent avec moins de 1,6 million de livres par mois. Sachant que le pouvoir d'achat a nettement baissé depuis 2004 et que les salaires sont plus ou moins les mêmes, que dirions-nous aujourd'hui ? On nous parle de croissance considérable, mais à notre avis, seules les couches sociales aisées et quelques secteurs, comme le secteur bancaire, en ont profité. Et ce sont les classes moyenne et pauvre qui écopent de l'inflation. »
Zouhair Berro est d'avis que les hausses de prix sur le marché local ne sont pas toujours justifiées par des hausses de prix au niveau international. « Le problème, c'est qu'il y a un chaos au niveau des marchés ici, les autorités ne contrôlent pas assez les prix, déplore-t-il. Les monopoles sont toujours en vigueur en raison des privilèges accordés à certains. À notre avis, il faut réactiver le Conseil de protection du consommateur, présidé par le ministre de l'Économie et au sein duquel sont représentés plusieurs ministères, les secteurs concernés et la société civile. Ce conseil est l'autorité habilitée à mettre au point des plans et une véritable politique des prix, qui est très complexe. »
La hausse des prix des carburants est désignée par Zouhair Berro comme étant la raison principale de l'inflation actuelle sur le marché, puisqu'elle a un effet boule de neige. « Cependant, une baisse ponctuelle des prix des carburants ne serait qu'une solution très temporaire, il faut des réformes plus profondes », souligne-t-il.
Selon lui, « avec tous ces mouvements de protestation sociale qui se déroulent dans la région, le Libanais pourrait commencer à se demander pourquoi il est obligé de supporter tout cela ». Sera-t-il prêt à descendre dans la rue pour autant ? « Je ne crois pas, dit-il. Le système confessionnel et le clivage politique freinent le public libanais dans ses revendications sociales et favorisent la corruption et les privilèges. Pour un mouvement de rue, la cherté de vie ne suffit pas, il faut un éveil politique et une implication des jeunes que les autorités, par leurs politiques, poussent sans cesse à l'émigration. »
Une consommatrice rencontrée à la porte d'un supermarché semble lui donner raison. Comme beaucoup d'autres, elle affirme « faire ce qu'elle peut » pour faire face à la cherté. Mais à la question de savoir si elle serait prête à manifester pour ses droits, elle répond : « Non, nous sommes contre ces choses-là. »
Les Libanais vivent désormais dans la terreur des factures. Mazout, générateur, écoles ou universités, supermarché... Aucun salaire ne semble suffisant pour venir à bout de ces défis au quotidien. « Tout a renchéri de manière substantielle, souligne Manal, une mère de quatre enfants. Le prix du lait et des produits laitiers a triplé en quelques mois. La viande, les légumes et les fruits sont désormais hors de prix. Il y a quelques années, cent mille livres me remplissaient le frigo pour une semaine. Aujourd'hui, ils ne me suffisent plus pour quelques jours. Le problème, c'est que les rentrées de mon mari, elles, n'ont pratiquement pas bougé en dix ans ! »Leila, mère de cinq enfants, confirme. « Étant une famille nombreuse, il nous est de plus en plus difficile d'assurer les produits de première nécessité,...
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