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Liban - Le Commentaire

Une question toujours importante, les rapports Baabda-Damas

Les petits ruisseaux font les grandes rivières. Et la petite histoire est truffée de légers mystères qui influent, sans qu'on le sache trop, sur le cours d'événements de poids. Durant la crise dite de la présidentielle, la majorité était divisée : fallait-il, ou non, élire un président issu de ses rangs, en application du principe démocratique ? Le choix s'était alors effectué grâce, en bonne partie, aux conseils d'un ministre (il l'a toujours été, signalons-le), très au fait de la logique syrienne. Bien que farouchement souverainiste, il n'avait pas, pour sa part, rompu tout contact avec Damas, et restait ainsi avisé de ses visées. Mais que proclamait ce spécialiste ? À peu près ceci : tout président de la République libanaise doit avoir l'aval de la Syrie. Ou, à tout le moins, sa bienveillante indifférence, s'il s'agit d'un nul qui ne va pas gouverner. Sans quoi, il lui en découdrait sérieusement. Pourquoi, dans ces conditions, le 14 Mars voudrait-il soumettre le pouvoir de la présidence à une telle épreuve et risquer de beaucoup perdre, en courant après ce poste pour l'un des siens ?
Après cette recommandation, le 14 Mars a accepté l'élection d'un président de consensus, n'appartenant à aucun camp, le général Michel Sleiman. Beaucoup pensaient alors que cet événement allait mettre en train une normalisation, un assainissement, des relations libano-syriennes. D'autant que le nouveau chef de l'État libanais prenait grand soin de ménager la Syrie, d'éviter toute déclaration pouvant sous-tendre, ou sous-entendre, une quelconque critique. Recevant le comité juridique syro-palestinien, qui comprenait des députés syriens et des hommes de loi ou de religion, ainsi que des membres du comité du dialogue islamo-chrétien, le président Sleiman déclarait :
« Ce qui lie le Liban et la Syrie est bien plus considérable que ce qui les sépare. Cependant, la Syrie est forte et capable. Elle peut donner, et soutenir le Liban, qui n'est pas en mesure de lui rendre la pareille, sauf en termes de sincérité. C'est-à-dire qu'il ne serait jamais un passage ou un refuge pour ceux qui voudraient nuire à la Syrie. C'est ce que nous continuerons à assurer sans faute. Notre page relationnelle restera un sujet d'honneur. Contrairement à ce qu'avancent certains suspicieux, il est prouvé que la Syrie donne au Liban ce qu'il souhaite et le satisfait. Notre ennemi est commun, mais nos gens aussi, ainsi que nos idées, nos intérêts et notre mer. Nous pouvons, ensemble, réaliser beaucoup, avec de l'affection et de la coopération. Je place beaucoup d'espoirs dans la relation entre nos deux pays. Nous allons puiser, dans les coupes offertes, toutes les mesures pleines, au profit du Liban d'abord, de la Syrie ensuite. »
On notera avec intérêt la nuance pour ainsi dire restrictive qu'apporte une déclaration ultérieure du président Sleiman. Il y relève que « les relations libano-syriennes commencent par la jonction positive et par la consolidation des piliers de la coopération politique, économique et militaire. Nous souhaitons que les Syriens nous traitent par la réciproque et qu'ils comprennent bien la nature de la société libanaise et de son régime politique ». Distinct.
Le président syrien, Bachar el-Assad a répondu avec aménité. Il a affirmé le plein appui de son pays au président Michel Sleiman, ainsi qu'à la présidence de la République libanaise en tant que telle. Interrogé au sujet du soutien de Damas au Hezbollah, aux dépens de l'État de droit libanais, ainsi que du Hamas au détriment de l'Autorité palestinienne, le chef de l'État syrien a répondu : « Nous soutenons la résistance, mais en même temps le gouvernement libanais. Notre appui à la résistance n'a pas pour but de léser le gouvernement libanais ou de l'affaiblir. Car cela ne servirait ni la Syrie ni le Liban. Nous soutenons le Liban en tant que tout. Et le gouvernement libanais qui représente tout le peuple libanais, plus précisément le gouvernement d'union nationale. La Syrie ne peut appuyer aucune partie au Liban aux dépens de l'État libanais. Et la relation avec des parties libanaises ne signifie pas une immixtion dans les affaires intérieures du Liban. »
Tout le monde il est beau, tout le monde il est gentil. Mais résultat des courses et des mamours : aucun des points du communiqué commun publié à l'issue du premier sommet Sleiman-Assad de Damas, tenu il y a déjà deux ans et demi, le 14 août 2008, n'a été réalisé ! Sauf, mais c'était déjà acquis grâce à Sarkozy, l'établissement de relations diplomatiques. Une avancée du reste gravement altérée par le maintien, hors légalité, du soi-disant Conseil supérieur libano-syrien, installé à Damas, et c'est tout dire.
Les petits ruisseaux font les grandes rivières. Et la petite histoire est truffée de légers mystères qui influent, sans qu'on le sache trop, sur le cours d'événements de poids. Durant la crise dite de la présidentielle, la majorité était divisée : fallait-il, ou non, élire un président issu de ses rangs, en application du principe démocratique ? Le choix s'était alors effectué grâce, en bonne partie, aux conseils d'un ministre (il l'a toujours été, signalons-le), très au fait de la logique syrienne. Bien que farouchement souverainiste, il n'avait pas, pour sa part, rompu tout contact avec Damas, et restait ainsi avisé de ses visées. Mais que proclamait ce spécialiste ? À peu près ceci : tout président de la République libanaise doit avoir l'aval de la Syrie. Ou, à tout le moins, sa bienveillante...
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