Le peuple, l'armée et la Résistance, tels sont les trois piliers de la société civile que l'on nous impose aujourd'hui. Le ton est donné, le pays du Cèdre est condamné à couver de force la Résistance et appuyer de façon irrévocable ses choix, fussent-ils d'inspiration divine. Dès lors, dans ce contexte asphyxiant, il convient de s'interroger sur une batterie de questions fondamentales.
La notion de trahison est floue dans nos débats politiques, trop souvent subjective. Cependant, serait-ce un acte de trahison que de demander le désarmement d'une milice devenue trop encombrante, pour laisser l'État jouir du monopole de la violence ? Ce même État qui garantirait les libertés individuelles et défendrait ses citoyens des agressions de l'ennemi potentiel. Les détracteurs de cette thèse diront que l'armée conventionnelle serait incapable de remplir cette mission, faute de moyens logistiques. D'un point de vue militaire, ils ont probablement raison, mais soyez assurés qu'il ne peut y avoir d'État juste et fédérateur coexistant aux côtés d'une milice qui menace au quotidien la stabilité et la coexistence intercommunautaire en usant de son arsenal militaire pour faire pression sur le choix de ses partenaires politiques. C'est une évidence. Le Hezb, qui autrefois s'affichait comme une entité complémentaire aux institutions de l'État, se présente désormais comme un substitut, une alternative. Il ronge de façon rampante le tissu social libanais et offre une assistance financière à sa base électorale, qui plus est uniconfessionnelle. Les intérêts de la communauté chiite primeraient donc sur ceux des autres communautés, car, au Liban, il y aurait, semble-t-il, deux catégories de citoyens : les vaillants et les purs d'un côté, les traîtres et les soumis de l'autre.
Fort heureusement pour nous, tout le monde n'est pas de cet avis. Nos compatriotes n'ont pas vocation à être éternellement pris pour de la chair à canon. Toujours le seul, ce pays, à être en confrontation directe avec Israël alors même que les pays environnants profitent d'une manne financière colossale en échange d'une sorte de traité de non-agression avec l'État hébreu. Quand bien même aussi ces régimes sont mis à mal par leur peuple, assoiffé de changements et profondément critiques à l'égard de l'invariable impunité dont jouit Israël, dans la surdité la plus totale de la communauté internationale. Les récents événements en Égypte le prouvent clairement...
Alors, combien de fois encore Beyrouth devra-t-elle être détruite pour que l'on cesse d'être manipulés ?
Combien de temps faut-il encore que l'on serve d'essuie-pieds aux nations qui ne se soucient que de leurs propres intérêts ?
Combien de temps encore pour que ce pays cesse définitivement d'être un dommage collatéral aux initiatives hasardeuses de la filiale militaire perse au Liban ?
Combien de temps encore pour que ces partis de l'opposition monopolisent leur électorat pour détruire les principes démocratiques qui sont le fondement même du symbole de coexistence et du modèle libanais ?
Prenons le temps de réfléchir, et décidons du Liban dont on rêve. Nation définitive pour l'ensemble de la mosaïque communautaire qu'il abrite ou base militaire de la succursale libanaise du régime dictatorial d'Iran ? Soyons pragmatiques et arrêtons de nous leurrer. Il ne peut y avoir de tentacules du wali al-faqih au Liban cohabitant avec l'État (dans le sens noble du terme). Cela est contre nature (et de surcroît contre-productif).
Alors que les grandes puissances froncent des sourcils réprobateurs devant le récent coup d'État, c'est une victoire à la Pyrrhus que l'axe syro-iranien vient de gagner en imposant le Premier ministre désigné. Effet, l'histoire contemporaine l'a démontré, le Liban n'est d'aucune manière façonnable aux seules aspirations d'un seul homme ou d'une communauté. Il est temps d'en prendre conscience.

