Il est né un 25 janvier à Alexandrie et c'est en janvier 2011 (le 23 plus exactement) dans sa ville natale, mais aussi au Caire et à Suez que les protestations populaires ont commencé. Ce peuple qu'il a tant aimé et pour lequel il a tellement combattu avec, pour seules armes, ses idées, ses images et son cinéma, Youssef Chahine aurait bien voulu être présent à ses côtés. Témoin de plusieurs époques, traducteur d'une révolte enfouie et illustrateur d'une pensée et d'une vision, Youssef Chahine aura tout prédit avant de partir. Avec Le Fils du Nil en 1951 ou Les Eaux noires en 1956, à contre-courant du cinéma égyptien et de ses récits linéaires, le réalisateur, de père libanais et de mère égyptienne, réussit à imposer ses préoccupations sociales. Au fil de ses œuvres, Chahine va affirmer ses convictions d'une farouche indépendance tout en entretenant des rapports conflictuels avec les autorités de son pays. En 1968, il est de plus en plus engagé sur le plan social avec le film La terre.
« Masri, yamma ya Bahia, yammi tarha wa ghalabiah ... » Qui ne souvient pas de cette chanson interprétée dans son film Le moineau en 1974, où il dénonçait l'affairisme du pouvoir. Sa critique sans concession de la société égyptienne a toujours en filigrane une volonté d'exalter le rapprochement des différences. Ainsi, dans Alexandrie, pourquoi ?, premier volet d'une trilogie semi-autobiographique, Youssef Chahine évoque, non sans nostalgie, une société plus cosmopolite qu'il a connue, tandis qu'avec L'Émigré (1994) il défie ouvertement les pouvoirs temporels et spirituels du monde arabe. Le destin (1996), lui, fera appel à l'Andalousie du XIIe siècle, époque où musulmans, juifs et chrétiens vivaient en bonne entente pour fustiger le désaccord actuel. Et plus tard, en 1998, Chahine s'attaquera carrément, avec le film L'Autre, à la mondialisation qui, selon lui, serait responsable des mouvements intégristes musulmans
Si Le Chaos (2006), son dernier film, coréalisé avec Khaled Youssef, est un pamphlet sur la société égyptienne, il est aussi le miroir de l'Égypte contemporaine. Le cinéaste, toujours aussi virulent, courageux et combatif, malgré sa maladie, illustre un État miné par la corruption.
Aujourd'hui, comme ce Sixième jour qu'a tourné l'Alexandrin avec pour principale actrice Dalida, l'Égypte est rentrée aussi dans sa seconde semaine de révolte. Ces jeunes émeutiers réveillés comme un volcan en éruption méritent bien d'être appelés les enfants de Youssef.
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