À défaut d’études concluantes sur les effets néfastes des édulcorants sur la santé, plusieurs spécialistes appellent à une consommation modérée. Photo media.notrefamille.com
Récemment, le dossier des édulcorants a été remis sur le tapis, suite à deux études danoise et italienne. La première, menée sur plus 59 000 femmes enceintes, a conclu à un lien entre la consommation de boissons à base d'édulcorants intenses, comme l'aspartame, et le risque d'accouchements prématurés. La deuxième, conduite par le Centre de recherches sur le cancer Ramazzini de Bologne et critiquée pour « vices méthodologiques », met en garde contre les effets cancérigènes de l'aspartame... chez les souris et les rats. Les effets cancérigènes de ce produit chez l'homme n'étant pas encore prouvés.
Ces études et publications, qui reviennent sans cesse, poussent le consommateur à penser à l'attitude qu'il doit prendre face aux quelque 6 000 produits contenant des édulcorants dans le monde et qui font le bonheur des personnes qui suivent des régimes amaigrissants. Faut-il ou non en prendre ? À défaut d'une réponse catégorique qui soit en faveur ou qui condamnerait ces produits, de nombreux spécialistes appellent à une consommation modérée.
Les édulcorants sont divisés en deux catégories. Les édulcorants « nutritifs » (c'est-à-dire qui apportent des calories) au nombre desquels figurent notamment les « sucres » naturels comme le fructose et les polyols (sorbitol, xylitol...). Ils sont moins sucrants que le sucre et sont utilisés dans les bonbons ou les chewing-gums. Dépourvus de « dose journalière admissible » (DJA), qui définit un seuil de toxicité, ils peuvent pourtant poser quelques problèmes. Le sirop d'agave, mélange de fructose et de glucose, est déconseillé aux diabétiques. Chez des personnes susceptibles, une consommation excessive de fructose peut augmenter le taux de triglycérides sanguins. À haute dose, les polyols peuvent provoquer des douleurs abdominales et des diarrhées.
Mais ce sont surtout les édulcorants « intenses » qui polarisent les interrogations. Aspartame, saccharine, acésulfame K, sucralose, ils ont un pouvoir sucrant des centaines, voire des milliers de fois, supérieur à celui du sucre. On les trouve associés entre eux, mais « on ne dispose pas d'indications sur leurs effets conjugués », explique à l'AFP le Dr Laurent Chevallier, nutritionniste et membre du Réseau environnement santé (RES) en France.
Pour l'aspartame, présent dans plus de 6 000 produits, la DJA est de 40 mg/kg de poids corporel/jour. Le seuil paraît élevé, mais « 2 canettes + 1 yaourt + 1 crème + 4 cafés + 10 chewing-gums font près de 15 mg/kg/jour », note pour sa part André Cicolella, du RES. Ce qui reste tout de même près de 3 fois au-dessous de la dose recommandée.
Édulcorant intense naturel, la stevia, 200 fois plus sucrante que le sucre, a envahi le marché. Elle a obtenu un avis favorable de l'Agence sanitaire de l'alimentation (Anses) en France, mais il ne faut pas la chauffer à plus de 100°C et des chercheurs regrettent le manque d'études la concernant.
Or, les deux études récentes accusent les édulcorants intenses. Interrogé par l'AFP sur la question, le Dr Chevallier a cité le manuel Merck, bible des médecins, soulignant dans ce cadre que « l'absorption modérée d'aspartame pendant la grossesse ne semble entraîner qu'un faible risque fœtal ». « On ne veut pas de risque du tout », dit-il. Mais dans ce cas, par quoi faudrait-il remplacer les édulcorants, d'autant que le vrai sucre pourrait augmenter le risque de surpoids et de diabète gestationnel ?
Sont-ils au moins efficaces pour maigrir ? Selon une étude de 2009, les utiliser peut inciter à manger plus pour être rassasié. Surtout, un produit allégé n'est pas forcément moins riche en calories qu'un produit ordinaire.
Hormis pour les boissons, où l'eau remplace le sucre, « quand vous retirez du sucre, vous remplacez par autre chose en termes de masse, comme de l'amidon ou du gras, et la valeur énergétique peut être plus élevée », note le Dr Chevallier. « Vérifiez les étiquettes ! » recommande de son côté France Bellisle, de l'Institut national de la recherche agronomique (INRA) en France.
Des chercheurs estiment même que les édulcorants font grossir, voire favorisent le diabète. Surtout, ils « encouragent la dépendance au sucre », dit une étude parue dans le Yale Journal of Biology and Medicine. Ces études restent d'observation, dans le sens où aucune conséquence de cause à effet ne peut en être tirée. Après tout, il y a autant de personnes en surpoids que de gens minces qui utilisent le faux sucre.
Selon le Dr Rached el-Khoury, endocrinologue-nutritionniste, aucune preuve n'a été présentée au cours des 3 dernières décennies sur la nocivité des édulcorants. Toutefois, par principe de précaution, il serait préférable de limiter leur utilisation uniquement chez les femmes enceintes, sans pour autant les remplacer par un apport excessif de vrai sucre ou de gras.
N.M.


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