Pour le Hezbollah et ses alliés, il s'agit ainsi de provoquer un blocage institutionnel et une escalade politique afin de contraindre l'autre camp à accepter que la pierre angulaire du programme politique du nouveau gouvernement soit le torpillage du Tribunal spécial pour le Liban. Or pour le 14 Mars, il ne saurait être question de céder au chantage et de renoncer au tribunal international.
Dans un tel contexte, l'impasse paraît ainsi totale. Nombre d'observateurs soulignent sur ce plan que certains pôles du 8 Mars cherchent en réalité, à travers les conditions posées à la majorité, à provoquer une crise de régime dans le but bien précis d'aboutir carrément à un nouveau système politique et un nouveau rapport de forces dans le pays. Ces observateurs rappellent à cet égard que lors des dernières élections législatives, une faction du 8 Mars avait brandi le slogan de la « troisième République ».
Un tel bouleversement total serait-il possible à l'ombre de la présente conjoncture locale, régionale et internationale ? Rien n'est moins sûr. Comment sortir donc de l'impasse ministérielle actuelle ? À cette interrogation, présente sur toutes les lèvres, des milieux locaux avancent une proposition qui reste, pour l'heure, purement théorique, pour ne pas dire chimérique, à savoir la mise sur pied d'un gouvernement formé de technocrates et de représentants de la société civile et des professions libérales. L'objectif évident serait de geler les dossiers conflictuels et de se pencher sur les problèmes de la vie quotidienne de la population afin d'éviter au pays une déroute économique et financière, ce qui ne manquerait pas d'avoir des répercussions fâcheuses sur les conditions de vie de l'ensemble des Libanais, qu'ils soient du 14 Mars ou du 8 Mars. Encore faut-il que ceux qui accordent la priorité aux problèmes régionaux, au détriment de la stabilité interne, veuillent bien ne pas faire obstruction à une telle option « apolitique » au niveau de la formation du nouveau gouvernement.

