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Économie - Liban - Enquête

Jeunes et entrepreneuriat : quand les rêves deviennent réalité

Confrontés à un taux de chômage élevé, à l'instabilité politique et aux multiples carences du système, beaucoup de jeunes ont pris la décision de partir à l'étranger. Mais nombreux sont ceux qui, sur place, ont réussi contre vents et marées à lancer leurs propres start-up, soutenus par plusieurs
organisations incitant les jeunes à l'entrepreneuriat.

Beaucoup de jeunes Libanais, soutenus par divers organismes, ont lancé leur propre entreprise, une fois rentrés dans leur pays d’origine.


Depuis plusieurs années, les organismes et les programmes de soutien aux jeunes entrepreneurs prolifèrent à vue d'œil. Plusieurs facteurs justifient ce phénomène, dont la difficulté d'accéder au financement pour un jeune entrepreneur, l'absence de structure éducative ou de formations pratiques incitant les jeunes à l'entrepreneuriat, ou encore le fort taux de chômage au Liban ainsi que dans d'autres pays du Moyen-Orient.
« Selon un rapport récent de la Banque mondiale (BM), 67 % des moins de 24 ans dans la région sont au chômage, ce qui représente le taux le plus élevé au monde », indique à cet égard la directrice d'Injaz, organisation non gouvernementale (ONG) à but non lucratif, Dima el-Khoury. Selon elle, c'est la préoccupation générale face à l'accroissement du chômage au Liban et à l'émigration massive qui a principalement motivé la création de cet organisme, fondé en 2001.

Former les jeunes dès leur plus jeune âge
Vouée à mieux préparer les futurs entrepreneurs, et principalement soutenue par le secteur privé, l'organisation a contribué à initier plus de 45 000 collégiens et lycéens de 7 à 18 ans aux bases de l'économie, de la finance et de l'entrepreneuriat, tout en les aidant à développer leurs compétences personnelles et une expérience pratique très peu abordée dans les cursus scolaires classiques. « Tout le monde ne naît pas entrepreneur (...) mais un jeune qui a appris, dans le cadre de nos concours annuels baptisés " National Company Program", à travailler en équipe des mois durant, à monter un projet, à gérer un capital, ou à affronter un jury, sera certainement plus aguerri et moins susceptible de commettre des erreurs à l'avenir », souligne Mme el-Khoury.
Toujours sur le plan pédagogique, il convient également de rappeler la récente inauguration d'un centre de formation et d'études sur l'innovation et l'entrepreneuriat (Darwazah), au sein de la Business School de l'Université américaine de Beyrouth (AUB), ou encore les visites informatives dans les différents campus universitaires du pays, organisées par le programme BADER.
Cette initiative, lancée il y a plus de quatre ans par une quarantaine d'hommes d'affaires d'envergure, propose également des formations, des stages et des bourses, d'un montant pouvant atteindre plusieurs dizaines de milliers de dollars, en plus d'une assistance technique et financière aux jeunes entrepreneurs.

Des banques, des bottes ou des anges ?
Sur le terrain, d'ailleurs, un certain nombre de dispositifs ont été mis en place pour soutenir les entrepreneurs en herbe dans leurs projets. Le financement d'une start-up, notamment, n'est pas chose aisée au Liban.
« Les banques ne sont pas vraiment préparées lorsqu'il s'agit d'accorder un prêt à une start-up - ce nom, par définition, connote un manque d'expérience - surtout si elle est spécialisée dans les nouvelles technologies et s'éloigne du schéma classique (...). La profitabilité n'en est pas toujours évidente », note le jeune entrepreneur Marc Malkoun, cofondateur de la plate-forme sociale Hintout.com, l'un des trois finalistes du concours Yallastartup organisé il y a quelques mois par l'ONG éponyme.
Mais d'autres moyens de financement existent : le recours à un « business angel » (investisseur) ou au « bootstrapping » (le rassemblement de fonds propres grâce à un réseau de contacts et/ou proches), en représentent d'autres.
Élie Khoury, à l'origine du lancement des organisations Woopra et Yallastartup, renchérit dans ce sens. « Le bootstrapping est mon approche préférée (...). Tout ce dont vous avez besoin, c'est d'un capital minimal pour pouvoir au moins lancer vos projets (...). Il s'agit malheureusement du souci majeur de nombreux jeunes qui, faute de financement, abandonnent leur rêve de concrétiser des idées, souvent innovantes », affirme-il.
Toujours en ce qui concerne l'aide aux jeunes entrepreneurs, le programme BADER a également mis sur pied plusieurs projets au cours des dernières années, dont le « Lebanese Business Angels » (LBA), une initiative lancée en 2008 et dont l'objectif est d'aider au démarrage des start-up. LBA a investi l'an dernier une somme de 100 000 dollars dans la start-up agro-alimentaire OVIS, achetant 15 % de ses actions. En outre, la « clinique BADER », service gratuit de conseil aux petites et moyennes entreprises (PME), a ouvert ses portes au cours de la même période.
En parallèle, la pépinière d'entreprises Berytech se charge, elle, de soutenir et d'héberger des start-up et PME au sein de son siège. Le Fonds Berytech, en particulier, d'un montant de 6 millions de dollars, sert à financer de jeunes compagnies spécialisées dans les nouvelles technologies. Quatre investissements ont déjà été effectués, dont le plus important, d'un montant de 1,2 million de dollars, a profité à la start-up ElementN, spécialisée dans les nouvelles technologies. En outre, Berytech organise, depuis 2002, un concours annuel d'incubation qui récompense les projets technologiques les plus innovants, avec, à la clé, l'hébergement et un financement pouvant atteindre 100 000 dollars.

Des concours à foison
Les concours semblent d'ailleurs représenter l'un des moyens les plus efficaces pour recruter les futurs talents, notamment dans le domaine des nouvelles technologies.
Outre la compétition organisée par Berytech, l' « Arab Business Plan » est organisé depuis quatre ans par le Forum de l'entreprise du Massachussetts Institute of Technology (MIT) et inclut la présentation d'un plan d'affaires concernant un projet novateur, avec un premier prix de 50 000 dollars. Le concours de Yallastartup, pour sa part, avait vu s'affronter treize villes du monde entier en novembre dernier, pour une moyenne d'âge des compétiteurs tournant autour de 24 ans. Beyrouth avait alors remporté haut la main cette compétition mondiale grâce à la start-up libano-jordanienne Mimix, qui proposait un logiciel pour malentendants.
Le Prix de l'Innovation de la Fondation Charles Chikhani (du nom du jeune cadre supérieur tué lors de l'attentat ayant coûté la vie au député Antoine Ghanem), lancé en 2008, fait également partie des multiples initiatives visant à encourager les jeunes talents, à travers une récompense financière...
Une chose est sûre : la multiplication des compétitions et la prolifération des programmes au cours des dernières années ne fait que refléter l'esprit entrepreneurial bien ancré chez les Libanais. Celle-ci devrait en outre aider à freiner l'hémorragie des cerveaux dans un pays riche en capital humain.
Ces initiatives, qui commencent à porter leurs fruits, risquent toutefois d'être minées par les crises politiques à répétition que connaît le pays depuis 2005. La débâcle actuelle ne devrait pas, d'ailleurs, encourager le prochain Steve Jobs à revenir au pays. Face à un État, déjà léthargique, et actuellement en voie de désintégration, il ne reste plus qu'à espérer que le privé continuera d'assurer la relève...
Depuis plusieurs années, les organismes et les programmes de soutien aux jeunes entrepreneurs prolifèrent à vue d'œil. Plusieurs facteurs justifient ce phénomène, dont la difficulté d'accéder au financement pour un jeune entrepreneur, l'absence de structure éducative ou de formations pratiques incitant les jeunes à l'entrepreneuriat, ou encore le fort taux de chômage au Liban ainsi que dans d'autres pays du Moyen-Orient.« Selon un rapport récent de la Banque mondiale (BM), 67 % des moins de 24 ans dans la région sont au chômage, ce qui représente le taux le plus élevé au monde », indique à cet égard la directrice d'Injaz, organisation non gouvernementale (ONG) à but non lucratif, Dima el-Khoury. Selon elle, c'est la préoccupation générale face à l'accroissement du chômage au Liban et à l'émigration massive...
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