Il est vrai que ceux qui lancent cet appel aux Libanais savent très bien que chacun des protagonistes au Liban est lié, hélas, à l'étranger, lorsqu'il n'est pas carrément dépendant de lui ou qu'il exécute ses directives.
C'est pour cela qu'il n'est pas possible que les Libanais, dans leurs diversités politiques et confessionnelles, puissent trouver par eux-mêmes des solutions à leurs problèmes et leurs crises tant que les étrangers qui s'ingèrent dans leurs affaires ne se mettent pas d'accord entre eux.
Quand le président Bachar el-Assad affirme que « les relations libano-syriennes sont bonnes dès lors que les relations libano-libanaises le sont », cela signifie que ces dernières ne peuvent être bonnes que si la Syrie œuvre en ce sens par le biais de ses alliés. Et cet état de fait est le même pour d'autres États concernés par la situation au Liban.
Pour un ancien responsable, si les Libanais prenaient la peine de recourir à la Constitution et à leurs institutions pour régler leurs désaccords au lieu de s'en remettre à l'étranger, ils auraient su comment se gouverner par eux-mêmes.
Lorsque les Libanais sont tombés en désaccord au sujet des armes palestiniennes, rien ne les obligeait à s'en remettre à l'Égypte et conclure l'accord du Caire (1969), lequel a démontré, à l'application, son incapacité à régler de façon radicale ce problème. Pire, les désaccords sur son application ont conduit à une guerre libano-palestinienne et une guerre libano-libanaise.
Si les leaders libanais étaient suffisamment responsables, ils n'auraient pas eu besoin de se réunir à Taëf pour mettre au point une nouvelle Constitution pour le Liban. Et si les chefs politiques avaient fait face au problème des armes de Hezbollah en revenant à l'accord de Taëf et aux résolutions internationales, ils n'en auraient pas fait un casse-tête impossible à régler.
De même, lorsqu'il s'est agi de régler le désaccord sur la création du tribunal international, on aurait dû recourir à la Constitution et au jeu des institutions, au lieu de se voir contraint d'aller à Doha et de conclure un accord allant à l'encontre de celui de Taëf et donc de la Constitution. Le problème, c'est qu'une partie des Libanais est, hélas, descendue dans la rue et a établi des tentes au centre-ville, dans le but de renverser le gouvernement, ne réussissant en fin de compte qu'à renverser le mouvement économique et touristique dans le pays.
Ceux-là auraient dû se souvenir de l'existence de la Constitution et du système démocratique et s'en remettre à la Chambre pour sanctionner le gouvernement, au lieu de recourir à la rue et surtout de fermer les portes du Parlement, de sorte que la solution ne pouvait plus venir des institutions, mais uniquement de la violence par les armes. Et voici à nouveau les chefs libanais retournés une nouvelle fois vers l'extérieur pour régler les crises que subit le Liban, notamment celle liée au Tribunal spécial pour le Liban. Si les leaders avaient suffisamment de sens des responsabilités, s'ils respectaient la Constitution et s'ils croyaient dans l'importance du rôle des institutions, ils auraient pu se passer des efforts des deux « S » (syro-saoudiens) ou de n'importe quelle autre lettre de l'alphabet. Simplement, ils seraient convenus de la nécessité d'attendre la publication de la teneur de l'acte d'accusation pour l'examiner en Conseil des ministres. Et alors, ou bien on décide d'accepter les inculpations prononcées sur la base d'indices solides ou bien on s'entend pour le rejeter du fait d'indices douteux. C'est à ce moment qu'il devient possible aux parties lésées de poursuivre les faux témoins devant la justice libanaise, après avoir pris connaissance de leurs témoignages mensongers.
Le 8 Mars a, il est vrai, appliqué la Constitution et les règles démocratiques après l'annonce de l'échec des efforts syro-saoudiens. Mais il l'a fait d'une manière provocatrice et en fixant un ultimatum à la partie adverse, la sommant sous un délai de quelques heures de tenir une séance du Conseil des ministres et de la consacrer à un seul thème. Comme si le président de la République et le Premier ministre, seuls habilités à décider en la matière, n'existaient pas.

