Selon certains observateurs, le 8 Mars et ses alliés poursuivront leur bataille non pas pour faire tomber le tribunal, ce qui est en dehors de leurs capacités, mais pour délier le Liban de ses engagements à l'égard de ce dernier, en bloquant la quote-part du pays dans le financement du TSL et en poussant les magistrats libanais à se retirer de cette instance.
C'est pourquoi l'opposition n'a pas d'inconvénient à nommer de nouveau Saad Hariri comme candidat pour présider le nouveau gouvernement, à condition qu'il s'engage à retirer le Liban du giron du TSL. Sinon, le 8 Mars plébiscitera une autre personnalité susceptible d'accepter cette condition. Il s'agirait du même scénario qui s'est produit avec feu Rachid Karamé lors de la formation du cabinet sur base de la reconnaissance des accords du Caire.
Le nouveau cabinet, qui doit donc être formé, selon la logique du 8 Mars, sur base du retrait par le Liban de toutes ses obligations concernant le TSL, peut, selon l'opposition, bénéficier d'une majorité parlementaire représentative de toutes les communautés et les régions du pays, qui lui accordera la confiance à la Chambre. Pour continuer à préserver la « démocratie consensuelle », le 8 Mars serait même prêt à proposer aux forces du 14 Mars de participer au cabinet, mais avec un nombre de ministres inférieur à celui qu'il occupait lui-même au sein du gouvernement précédent. S'il refuse ce marché, le 14 Mars se sera lui-même ostracisé, en choisissant de rester dans l'opposition.
Et si le président de la République adopte une position de principe négative par rapport à ce nouveau gouvernement qui ne répond pas aux critères du cabinet d'entente nationale - sous prétexte qu'il s'agit d'un cabinet monochrome et compte tenu du fait qu'il avait pris position en faveur d'un gouvernement d'union conforme à l'esprit de Doha et représentant toutes les parties après la victoire du 14 Mars aux législatives de 2009 et la nomination de Saad Hariri à la tête du cabinet - le 8 Mars prendrait aussitôt position par rapport au chef de l'État lui-même, transformant ainsi la crise ministérielle en crise de régime. C'est la présidence de la République qui se retrouverait à son tour dans une situation problématique... Des sources du 8 Mars affirment par ailleurs que le chef de l'État avait annoncé, avant les législatives de 2009, qu'il était prêt à collaborer avec toute majorité issue des élections. Par conséquent, Michel Sleiman est tenu de collaborer avec la nouvelle majorité, si elle appartient désormais au 8 Mars.
Cependant, les forces du 14 Mars affirment que les choses ne sont pas aussi faciles, et que s'il agit de la sorte, le 8 Mars assumera de facto la responsabilité de la crise dans laquelle le pays se retrouvera aussitôt. Pour des sources proches de la majorité, face à la première violation de l'accord de Doha survenue mardi, à travers la démission des dix ministres du 8 Mars et de M. Adnane Sayyed Hussein, il est désormais nécessaire pour les États parrains de cet accord de réagir. Sinon le pays pourrait bien aller vers une crise de régime interminable qui déboucherait, à long terme, sur une remise en question de Taëf et une nouvelle formule, en l'occurrence celle de la répartition par tiers en lieu et place de la parité islamo-chrétienne.

