De même, lorsque le texte fondamental avait stipulé que « le Liban est un pays d'identité et d'appartenance arabe, membre fondateur de la Ligue arabe et des Nations unies », d'aucuns ont pensé que le débat autour de l'identité de ce pays était révolu.
Or il s'avère à la lumière de la praxis que la polémique autour de l'État-nation est toujours de rigueur. Entre ceux qui croient être effectivement en présence d'un État définitif parce qu'ils y trouvent leurs intérêts, et ceux qui réfutent cette thèse comme le dictent leurs intérêts, le désaccord persiste ainsi que les interrogations sur la signification de son appartenance à l'arabité, à l'ombre notamment d'une multitude d'interprétations autour de la signification de cette arabité et des régimes qui l'incarnent.
Le concept de patrie définitive ne l'était en fait que pour une communauté donnée qui bénéficiait d'une tutelle externe qui avait débuté par le mandat français. Force est de rappeler que le Liban n'aurait pu exister n'était-ce la présence des chrétiens et plus précisément des maronites, qui n'avaient aucune autre patrie ni d'autre allégeance nationale, même lorsqu'ils se trouvaient en terre d'immigration.
Lorsque fut consacré le « maronitisme politique », les partenaires issus d'autres communautés avaient la forte conviction que le Liban n'était pas le leur mais celui des maronites, à la lumière notamment des larges prérogatives dont jouissait le chef de l'État et du monopole des positions importantes au sein de l'État par les maronites.
Tel n'était pas le sentiment des autres communautés, dont une partie avait des aspirations qui s'étendaient par-delà les frontières. Telle était la situation jusqu'à l'avènement de Taëf qui a abouti à la réduction des pouvoirs du président, en octroyant au partenaire musulman une partie des prérogatives, illustrée notamment par le pouvoir exécutif désormais confié au Conseil des ministres réuni.
Or le Liban n'est pas pour autant devenu une nation définitive pour tous ses fils. En effet, la tutelle syrienne a entraîné chez les chrétiens et plus particulièrement chez les sunnites un sentiment de frustration pour ce qui est de l'exercice des prérogatives obtenues grâce à la nouvelle Constitution, lesquelles étaient pratiquement soumises à cette tutelle. C'est alors que chrétiens et musulmans sunnites se sont enfin retrouvés autour du concept du « Liban d'abord », intronisant ainsi le « sunnisme politique » venu remplacer le maronitisme.
Aujourd'hui, c'est au tour de la communauté chiite de ressentir l'injustice que ressentaient auparavant les sunnites et d'essayer d'arracher plus de prérogatives au gouvernement. La communauté chiite pourra-t-elle exercer les prérogatives auxquelles elle aspire pour que le Liban puisse enfin devenir une patrie définitive aux yeux de tous ?
Pour les observateurs, tout comme les chrétiens ont payé cher le prix du maronitisme politique par une guerre fratricide, et les sunnites, un lourd tribut en matière d'exercice du pouvoir sous l'hégémonie syrienne, la communauté chiite pourrait faire face à une problématique similaire s'il elle parvenait à arracher plus de prérogatives, car elle devra à son tour se soumettre, même indirectement, à une tutelle iranienne, ou syro-iranienne.
D'où l'importance pour les Libanais, toutes communautés confondues, de retenir les leçons de l'histoire et de n'avoir d'autres allégeances qu'au « Liban d'abord ». Pour cela, ils doivent faire primer les intérêts nationaux sur tout autre considération, même si cela voudrait dire une révision du régime en place de manière à rétablir l'équilibre par une juste répartition des prérogatives entre les différentes communautés. Mais avant tout, il s'agit pour eux de pouvoir répondre à une question fondamentale : quel Liban voulons-nous ?

