Des observateurs comparent la crise provoquée par la prochaine parution de l'acte d'accusation du TSL avec celle qui a suivi l'Accord du Caire (1969), où la crise gouvernementale s'est prolongée sept mois durant, avant la formation d'un nouveau gouvernement comprenant la plupart des formations existantes alors.
Mais quand on sait à quoi a conduit le compromis imparfait auquel se sont résolus les partis chrétiens à l'époque, et on se prend à penser que l'accord de compromis sur le TSL devrait être plus solide, plus consistant, afin de ne pas être, à l'exemple de l'Accord du Caire, générateur d'instabilité.
Comment oublier, en effet, que l'Accord du Caire a été l'un des détonateurs de la guerre civile de 1975, Rachid Karamé ayant fini par former un gouvernement, où le PNL aussi bien que le parti Kataëb furent représentés, de bien mauvaise grâce (le PNL par Habib Moutran et les Kataëb par Pierre et Maurice Gemayel).
Mais l'Accord fut jugé assez grave pour rester secret, et pour cause : il bafouait la souveraineté libanaise. De sorte qu'il fut approuvé à l'aveuglette par le Parlement, par 58 voix contre 30 et 3 abstentions. Mais la nature même de cet accord de dupe devait conduire, quelques années plus tard, à l'explosion de la situation sur le plan interne et le déclenchement d'une guerre stérile de 15 ans, qui affaiblit le Liban et le livra pieds et poings liés à la tutelle de la Syrie, 30 années durant.
À quoi font face aujourd'hui les deux camps en présence ? Et à quelles conditions le compromis pourrait-il être durable ? Il pourrait, comme le souhaite le Hezbollah, comprendre un rejet de principe du TSL, au point que même les preuves convaincantes que pourraient avancer le tribunal de la culpabilité de certains miliciens du Hezbollah seraient écartées. Et dans ce cas, l'état actuel d'atomisation du pouvoir politique continuerait de prévaloir, le Hezbollah continuant de régenter un État plus faible que lui.
Il faut craindre qu'un nouvel accord de dupes n'entraîne le Liban dans un cercle vicieux semblable à celui où fut entraîné le Liban, dès 1969, et jusqu'en 1990, et œuvrer pour un accord réellement équilibré qui conduirait à des concessions réciproques dont les deux piliers seraient : renoncement de la majorité à la justice, mais non à la vérité, et renoncement du Hezbollah à ses armes, ou du moins au commandement de sa structure militaire, de sorte que l'État en sortirait vainqueur de l'épreuve de force actuelle, et non pas un camp particulier. Les parrains d'un tel compromis sauront-ils convaincre les deux camps de bien réfléchir, avant de continuer à jouer leur va-tout l'un contre l'autre.


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