Les prix des 20 litres d'essence 98 et 95 octanes ont ainsi progressé hier de 400 livres (chacun), à 35 700 et 35 000 livres respectivement - des niveaux jamais atteints auparavant. Il y a un an, jour pour jour, ces derniers s'élevaient à 31 700 et 31 000 livres respectivement. Le bidon de mazout valait, quant à lui, 16 300 livres, contre 24 000 aujourd'hui, tandis que la bonbonne de gaz butane de 12,5 kilos en valait 19 100 livres, contre désormais 24 400 livres.
Il faut se rendre à l'évidence : en 2010, les prix de tous les dérivés pétroliers ont enregistré une croissance à deux chiffres, contribuant ainsi à une nouvelle érosion du pouvoir d'achat de nombreuses catégories sociales, face à une stagnation, en parallèle, des salaires.
En détail, les prix des 20 litres d'essence 98 et 95 octanes ont augmenté de 4 000 livres depuis fin décembre 2009, soit une variation annuelle de 12,6 % et de 12,9 % respectivement. En outre, les prix du kérosène domestique, du diesel et du mazout ont enregistré une hausse annuelle de 22,8 %, de 25,6 % et de 47,2 % respectivement. Quant aux prix des bonbonnes de gaz butane de 10 et 12,5 kilos, ils ont tous deux progressé de près de 25 % et 28 % respectivement en un an.
Les droits d'accise : une manne pour l'État
Cette hausse significative des prix est partiellement due à la flambée des cours mondiaux du pétrole - le baril de « light sweet crude » étant actuellement à plus de 91 dollars -, mais également au rétablissement de la taxe sur l'essence en octobre 2008 (environ 10 000 livres par bidon). Initialement flottante, cette taxe a été fixée il y a plus de deux ans pour profiter du contexte mondial de la chute des cours du pétrole au lendemain de la crise internationale et alimenter ainsi le Trésor. Cela a permis de dégager quelque 660 millions de dollars en 2009, contre 74,5 millions de dollars un an plus tôt, et 123 millions de dollars en 2007. Les recettes provenant des droits d'accise sur l'essence ont en outre atteint 581 millions de dollars fin octobre 2010, ce qui laisse augurer un résultat annuel proche de celui de l'an dernier.
La suppression totale des droits d'accise sur l'essence ou le retour au système de taxe flottante risque donc de porter un coup aux finances publiques, déjà fragilisées par un creusement du déficit. Le gouvernement devrait donc envisager des solutions qui permettraient d'alléger le fardeau social, engendré par la flambée des prix, tout en évitant une détérioration de la situation fiscale - en instaurant par exemple d'autres taxes à caractère progressif, qui toucheraient davantage les ménages aisés. Inutile de rappeler à cet égard que l'essence constitue au Liban un produit de première nécessité pour l'ensemble de la population, notamment en l'absence d'une infrastructure moderne et adaptée de transport commun.
Les prix montent, le consommateur trinque
Mais alors que l'État se frotte les mains, la grogne sociale perdure. En effet, la flambée des prix des carburants a été accompagnée ces derniers mois par une augmentation vertigineuse des prix de certaines denrées de base comme la viande, les fruits et les légumes. Le phénomène a été d'une telle ampleur qu'une réunion « d'urgence » a eu lieu il y a quelques semaines, rassemblant le Premier ministre et les ministres de l'Économie et de l'Agriculture pour tenter de trouver des solutions concrètes. Rappelons qu'à l'issue de cette réunion, le ministre Hussein Hajj Hassan avait jugé « disproportionnée » cette augmentation, indiquant que les prix à l'étranger avaient enregistré une hausse de 20 % tout au plus, selon les produits, tandis qu'au Liban, les prix de certaines denrées avaient bondi de 60 %, voire de 70 %.
Rappelons que le ministère de l'Économie avait réactivé début novembre un décret datant des années 70, plafonnant les marges commerciales afin de juguler le phénomène. Néanmoins, cette mesure ne semble pas avoir encore produit ses effets sur le terrain, comme en témoignent les prix inchangés, affichés dans certains petits commerces et grandes surfaces.
Cette flambée des prix empêchera-t-elle pour autant les Libanais de réveillonner ? Rien ne semble moins sûr.

