Du fait qu'en réalité, et pour le fond, elle doit être également le fruit d'un big bazar régional et international. Englobant, entre autres âmes charitables, l'ONU, la Ligue arabe, l'Égypte, la Jordanie, le Qatar, le Soudan (eh oui), les Palestiniens, l'Irak, la Turquie, les États-Unis d'Amérique, l'Union européenne, la France, l'Espagne, l'Angleterre, l'Italie et, enfin, Israël (par la bande de Gaza).
Il serait étonnant, dans ces conditions, que ce marché entre intérêts divers, divergents ou convergents, ne se fasse pas, tout compte fait, aux dépens du Liban. Il en paye d'ailleurs le prix d'avance, en termes d'indépendance, certes, mais également de simple présence géopolitique. Il n'y a absolument aucun précédent, dans notre histoire contemporaine, que notre pays ait vraiment tiré avantage d'un accord étranger conclu en apparence pour son bien propre, mais en réalité sur son dos. Il n'est que de se référer à l'exemple le plus saillant, ce Taëf censé faire taire le canon et qui a été tronqué, détourné, pour servir de paravent à l'intolérable occupation syrienne qui a tant duré. Que dire alors de Doha, qui a perverti la démocratie et le système, en livrant le pouvoir par défaut aux parties hostiles à la souveraineté libanaise ?
Au titre du cas de force majeure, pour éviter la guerre civile, l'on a donc mélangé l'eau et le feu au sein d'un cabinet de désunion nationale. Une solution présentée comme provisoire, mais qui sert déjà de base à des revendications encore plus avancées d'une opposition qui parle d'un repartage en trois, en non plus en deux : deux parts aux musulmans, une part aux chrétiens, et finie la parité égale de la cœxistence bien comprise.
La S-S se présente de même comme transitoire. Elle ne se propose pas de recimenter le Liban politique. Mais simplement de prévenir sa dislocation pure et simple, du fait des retombées de l'acte d'accusation du TSL. Comme pour la convention du Caire, jadis, pour Taëf ensuite, et dernièrement pour Doha, les Libanais, par leur faute même, sont obligés d'accepter les effets négatifs certains de ce qu'on leur propose, de ce qu'on leur impose, pour éviter le pire. Tous les Libanais en faute ? Sans doute puisqu'ils suivent généralement, comme les moutons de Panurge, les égarements manifestes de leurs chefs de file.
Une dérive dangereuse, honteuse et regrettable, que le patriarche Sfeir ne cesse de dénoncer. En appelant les Libanais à se prendre en charge. Car s'ils ne se sentent pas responsables de leur propre destin, leur pays, leur patrie, n'a plus de raison d'exister. S'ils ne sont pas libanais d'abord, il n'y a plus de Liban, ni d'abord ni après. Du temps de l'occupation, quand on affirmait que ce pays n'était pas en mesure de s'assumer, le patriarche répondait invariablement : laissez-nous essayer, vous jugerez ensuite. Le Syrien expulsé, du moins militairement, l'on a pensé un court moment que le temps de l'indépendance était venu. Mais, sous les coups de boutoir des prosyriens et avec le concours des erreurs répétées des loyalistes, la tendance s'est vite inversée. Et aujourd'hui, les Libanais se retrouvent à la merci des forces extérieures. Pourtant, comme le relève le patriarche, au-dehors même les Libanais prennent souvent les rênes dans de multiples domaines. Ce n'est donc pas la capacité qui leur manque, mais le sens de la nation. De plus, ils semblent politiquement stériles, incapables de générer, comme tant d'autres pays le font, de nouvelles générations, épurées, probes, de responsables publics.
Pour conclure, deux voix que l'on peut difficilement taxer de chauvinisme aveugle : d'abord l'ancien président de la Chambre, Hussein Husseini, qui observe qu'il suffit « comme on le constate de six personnages de connivence pour se partager, ou à tout le moins pour se disputer le pouvoir, pour lui ôter en fait tout son contenu et paralyser de la sorte l'autorité de l'État. Il faut donc renouveler la caste dirigeante, réactiver la cœxistence, l'unité de la terre et du peuple ».
Puis l'ancien président du Conseil, Sélim Hoss, qui répète que « les Libanais prêtent moins d'allégeance au Liban, leur patrie, que de fidélité à des références étrangères ».

