Le « Green IT » au Liban, initiative louable ou utopie ? Photo Michel Sayegh
La conférence « Green IT », sur les technologies de l'information et de la communication (TIC) plus respectueuses de l'environnement, a été inaugurée hier à l'Université Saint-Joseph. Organisée par le centre de formation technologique Formatech, cette conférence s'adressait avant tout aux entreprises désireuses de mettre en place des stratégies rentrant dans le cadre de la responsabilité sociale d'entreprise (RSE), tout en limitant leurs coûts de fonctionnement, notamment en termes de dépenses énergétiques.
Une grande compagnie suivant ce schéma peut effectivement réaliser des économies substantielles ; par exemple « jusqu'à 50 dollars par ordinateur et par an en ayant recours à des logiciels peu gourmands en énergie et à des écrans d'ordinateur basse consommation de type LCD », a affirmé à cette occasion le représentant de Formatech, Charbel Nakhlé.
Mais dans un pays où la RSE est encore embryonnaire - selon le constat du tout premier séminaire, organisé cette année par la firme indépendante de consultation CSR Lebanon -, la démarche des entreprises relève aujourd'hui plutôt de l'initiative personnelle faite de bric et de broc.
Par où commencer ?
En effet, la « nouveauté » du concept fait que beaucoup de compagnies désireuses de moins polluer et de moins gaspiller ne savent souvent pas par où commencer. D'autre part, l'absence d'infrastructures ou de décharges spécifiques aux déchets technologiques, extrêmement toxiques et polluants, est criante au Liban. Enfin, certaines politiques, initiées par les grandes multinationales (majoritairement représentées au cours de la conférence), sont tout simplement inapplicables au Liban : il est louable pour Microsoft de mettre en place un système de vidéoconférences pour limiter les déplacements de son personnel (et donc son empreinte carbone) ; il est par contre risible d'espérer qu'une entreprise libanaise fasse de même, étant donné la vitesse de connexion Internet dont dispose le pays aujourd'hui.
L'une des solutions préconisées par le représentant du ministre de l'Environnement, Edgar Chehab, lors de son intervention, est donc d'instaurer une loi qui contraindrait les compagnies locales à appliquer des stratégies plus respectueuses de l'environnement. Cela ne relèverait plus alors de la RSE mais de l'État. Faut-il encore que ce dernier fasse respecter les règles déjà existantes (décharges illégales par dizaines, pollution routière...) « Il faut que le respect de l'environnement devienne un reflexe quotidien, intégré dans la vie de tous les jours », a-t-il ajouté. Encore une fois, acheter des ampoules économiques ou du papier recyclé relève plus de l'initiative citoyenne.
Quoi qu'il en soit, il n'existe réellement qu'un seul argument choc qui pourrait convaincre les entreprises de mieux respecter l'environnement : économiser de l'argent. Malheureusement, la conférence n'a pas réellement contribué à donner beaucoup d'exemples concrets dans ce sens, hormis ceux fournis par les grandes multinationales. Mais développer cet argument et le propager devrait, sur le long terme, convaincre les plus récalcitrants de se lancer dans les technologies vertes, ne serait-ce que pour améliorer leur image de marque - un excellent outil marketing.

