De g. à dr., le président de l’ABL, Joseph Torbey, le ministre de l’Énergie, Gebran Bassil, et le directeur général du ministère de l’Énergie, Fadi Comair. Photo Dalati et Nohra
À cette occasion, le secrétaire général du Haut Conseil de la privatisation (HCP), Ziad Hayek, a mis l'accent sur l'urgence d'accélérer le processus d'adoption de la loi sur le PPP, avant d'évoquer une éventuelle participation du secteur bancaire à des projets d'envergure. « Il est inutile de débattre, pour le moment, des questions relatives au financement de projets dont la concrétisation ne pourrait avoir lieu sans un feu vert légal (...) », a-t-il martelé. Il convient de rappeler que la loi sur le PPP, qui a été soumise au Parlement en 2007, puis à nouveau au Conseil des ministres en avril dernier dans une version révisée, n'a toujours pas été adoptée.
M. Hayek a souligné à cet égard l'importance de cette forme de partenariat qui permettrait de multiplier les investissements infrastructurels, indispensables au développement économique du pays et à l'amélioration de l'infrastructure, dont l'infrastructure hydraulique.
Paris III : où sont passés les investissements infrastructurels ?
« Les accords de Paris III stipulent d'ailleurs que l'État libanais se doit d'investir dans l'infrastructure - dont les projets hydrauliques. Mais sur quelque 3,5 milliards de dollars prévus à cette fin, seuls 1 382 millions de dollars ont fait l'objet de contrats entre l'État et les bailleurs, dont 265 millions de dollars débloqués jusque-là par le gouvernement », a déploré de son côté le président de l'ABL, Joseph Torbey.
M. Torbey a mis l'accent, en parallèle, sur la capacité du secteur bancaire à financer d'éventuels grands projets d'infrastructure. « Inutile de rappeler que les banques constituent aujourd'hui le plus grand financier de l'État et du secteur privé (...). Celles-ci ont déjà accordé des prêts d'une valeur totale de 63 milliards de dollars, dont 45 % au secteur public (à travers notamment le financement du déficit) et 55 % au secteur privé », a-t-il indiqué.
« Le retard pris dans la réalisation des projets hydrauliques, dont notamment la construction de barrages, se répercute négativement sur notre économie ainsi que sur nos réserves en eau, et par conséquent sur la qualité de vie de nos citoyens », a ajouté, pour sa part, le ministre Gebran Bassil.
Manque d'organisation, de moyens, de cohérence
À ce sujet, le ministre a souligné la nécessité pour l'État de redoubler d'efforts, dénonçant toutefois l'existence de nombreux obstacles ralentissant ou bloquant, sur le terrain, l'action de son ministère, dont notamment le problème du manque de ressources financières et de capital humain. Autre obstacle de taille : le faible taux de collecte des factures d'eau. « Aujourd'hui, 21 % de la population paie ses factures », a-t-il ainsi indiqué.
« Mais les citoyens ne sont pas les seuls réfractaires... Certains organismes publics, eux aussi, ne règlent pas leurs factures », a ajouté Sarra Touzi, du réseau international du Partenariat mondial de l'eau - Méditerranée (« Global Water Partnership - Mediterranean » ou GWP - Med).
L'experte a en outre dévoilé aux participants les résultats d'une étude conduite sous sa direction, et portant sur la participation du secteur privé aux projets d'infrastructure hydraulique au Liban. Mme Touzi a particulièrement mis l'accent sur les nombreuses lacunes et contraintes observées dans le cadre de ces projets ; la lenteur de la mise en place des réformes, le manque de fonds, la performance « médiocre » des offices régionaux des eaux, le manque de coordination entre les différentes administrations, et l'instabilité politique.
Sans parler de la viabilité commerciale peu évidente pour les investisseurs potentiels, a ajouté Sarra Touzi, qui a souligné à cet égard les risques élevés associés à d'éventuels projets pris en charge par le secteur privé.
Mais le ministre de l'Énergie a assuré hier la détermination de l'État à ne pas répéter les erreurs commises par le passé. « Nous n'allons pas tomber dans le piège habituel des projets incomplets ou inachevés. Les barrages seront réalisés l'un après l'autre, de A à Z », a-t-il insisté. « Le barrage de Besri est vital, et n'oublions pas Jourd el-Awwali, ou encore celui du Litani », a-t-il poursuivi, affirmant que les barrages et les stations d'assainissement des eaux représentent, somme toute, une affaire rentable pour les investisseurs, « qui pourront réaliser des bénéfices substantiels grâce au barrage en soi, à la génération de l'énergie hydraulique ou encore à l'exploitation touristique du site ».
À titre de rappel, une stratégie décennale (2000-2010), élaborée au début du nouveau millénaire par le ministère de l'Énergie et des Ressources hydrauliques, avait prévu la construction d'une trentaine de barrages et lacs collinaires, d'une capacité d'emmagasinement de 800 millions de mètres cubes. Ce plan ambitieux est resté lettre morte faute de financement et de consensus politique. Seul un barrage fut en effet érigé en 2007 dans la région de Chabrouh. D'une capacité de huit millions de mètres cubes, ce barrage, dédié notamment à l'irrigation et l'approvisionnement en eau potable, n'a pas la capacité suffisante pour générer de l'électricité...

