Le Hezbollah n'a nulle intention de provoquer des troubles, et encore moins une guerre civile qui serait avant tout un service rendu à Israël. Il limite avec ses alliés son action, ou plutôt sa réaction, au champ politique. Un moment, ses cadres avaient laissé entrevoir qu'après l'acte d'accusation il y aurait retrait des ministres du 8 Mars, ce qui provoquerait une crise de pouvoir ouverte. Actuellement, dans le respect de l'interdiction syro-saoudienne d'une implosion du cabinet dit d'union, ils indiquent que le 8 Mars continuera à bouder le Conseil des ministres et à paralyser l'État, sans que le gouvernement ne démissionne. Ce qui ne vaut guère mieux. La crise, en tout cas, nécessiterait une conciliation extérieure. Donc, comme après Doha, et les évêques maronites le soulignent, un déficit accru d'indépendance libanaise.
Mais il y a encore plus grave. Comme le relevait jadis le président Sélim Hoss, chez nous, les effets débordent souvent les causes. C'est-à-dire qu'une fois déclenchée, la violence devient irrépressible, car personne ne peut contrôler des éléments déchaînés. On l'avait vu à Aïn el-Remmaneh en 1975 et assez récemment, heureusement à un bien moindre degré, à Bourj Abi Haïdar.
Les Libanais auraient-ils quand même le soulagement de fêter, dans le prolongement de l'Adha et de l'Indépendance, une sortie de crise ? Un arrangement mettant un terme au conflit sur le TSL, sur l'acte d'accusation et sur le dossier des présumés faux témoins ? Risquent-ils, au contraire, de continuer à vivre sur des braises ardentes ? Surtout après la bombe de la CBC, qui cible le Hezbollah, proche de l'Iran, et non plus la Syrie, agacée manifestement par Ahmadinejad, en ce qui concerne le contrôle de la carte libanaise.
Explicitant de précédents sous-entendus légalistes du président Bachar el-Assad, le ministre syrien des Affaires étrangères, Walid Moallem, indique qu'au cas où l'acte d'accusation du TSL se trouverait étayé de preuves et d'indices solides, il faudrait nécessairement en tenir compte. C'est-à-dire en admettre la teneur et se soumettre à ses conclusions. Ce qui signifie qu'il ne devrait pas y avoir de réactions négatives. Partant de cette logique, l'on déduit que les attaques présentes contre le TSL et contre le procureur Bellemare ne se justifient pas, du moment que nul ne peut présumer de ce que l'acte d'accusation va dire au juste.
Tournant
Toute la question est de savoir si le Hezbollah, concerné au premier chef, compte suivre la ligne syrienne, en cessant de se dresser aveuglément, dans la forme comme dans le fond, contre le TSL et contre l'acte d'accusation. Aveuglément ? Peut-être pas. Car le parti de Dieu pourrait avoir des preuves que certains de ses militants vont être inculpés. Ce qu'il rejette catégoriquement, car il serait ainsi directement ciblé, du moment qu'il affirme qu'il ne compte pas, dans ses rangs, d'éléments indisciplinés, échappant à son contrôle, qui auraient agi de leur propre chef. Seulement, alors, il faudrait que ces preuves d'inculpation déjà prêtes, il les dévoile. Sinon, il devrait suivre le conseil clair de Moallem et attendre la publication de l'acte d'accusation avant de s'engager. Donc cesser de menacer de démolir le temple.
Il est de même évident qu'avant de poursuivre des faux témoins qui ne sont encore que présumés, il convient de savoir ce que l'acte d'accusation d'abord, les juges du TSL ensuite, en disent vraiment. Si dans ce cadre, il n'y a pas trace de leurs dépositions, ils ne peuvent être mis en accusation. Si par contre leurs témoignages sont cités comme mensongers, la justice libanaise aura le devoir de les inculper, puisque la justice internationale refuse de traiter les dossiers collatéraux.
Au stade actuel, l'Arabie saoudite et la Syrie, comme le prouvent les propos de Moallem, poursuivent leurs efforts en vue d'un dégagement pacifique. Certains recommandent que les familles des victimes se contentent de l'établissement de la vérité, comme Walid Joumblatt l'avait fait, sans chercher à se faire rendre justice plus avant, par le châtiment des coupables, exécutants et commanditaires. Le délégué du Liban à l'ONU, Nawwaf Salam, intervenant devant le Conseil de sécurité lors de la discussion d'un rapport de Bellemare, en a appelé à la justice, loin de tout esprit de vengeance ou de politisation, pour réprimer et contrer l'action abominable des terroristes. En concluant par le rappel de la devise des Romains antiques : « La vérité est mère de la justice. »
Mais il en est qui refusent même toute quête de vérité, en exigeant de Saad Hariri de disculper d'avance, sans rien en savoir, le Hezbollah. Puis, le cas échéant, de rejeter toute implication du parti de Dieu dans l'acte d'accusation. Le problème est, cependant, qu'il est absolument impossible pour le Premier ministre de se soumettre à un tel chantage. Non seulement pour des considérations personnelles ou morales, mais tout simplement parce qu'il ne lui appartient pas de juger.
Comment calmer les dangereuses tensions de l'heure ? Des conciliateurs proposent un accord général, sous parrainage syro-saoudien, pour qu'il n'y ait pas de secousses, quelle que soit la teneur de l'acte d'accusation. Sur la base du vieux principe, ni vainqueur ni vaincu.


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