Est-il alors vraiment besoin, pour démontrer la létalité pour le Liban d'une corruption érigée en système, de faire un inventaire à la Prévert de toutes les impostures dont est coupable et reste encore capable son édifice tentaculaire qui tient le pouvoir au Liban depuis presque vingt ans ?
Peut-on être juste un peu mort ? Juste un peu assassin ? Juste un peu criminel ? Comment croire, bon Dieu, comment croire, quand on a engrossé la république par un système corrupteur multirécidiviste, qu'elle puisse être seulement un peu enceinte du monstre qui grandit en son sein et pourrit ses
entrailles ?
Comment croire, bon Dieu, que ceux qui ont flétri notre pays par la violence de leur corruption puissent un jour en être les sauveteurs ?
Une corruption en appelle une autre. Et pour mettre l'économie à sac et réduire des classes entières de la population au désespoir et les forcer à émigrer, il faut impérativement qu'un système sécuritaire et judiciaire soit là pour faire taire ou casser les opposants. Mafia du pouvoir? Y a-t-il de meilleur adjectif pour décrire la situation
présente ?
Et peut-on faire plus mal à la Pieuvre qu'en s'attaquant sans relâche à ses poches et en asséchant les marigots financiers où elle se développe sans encombre ? On peut ergoter sans fin à propos des faux témoins du Tribunal spécial pour le Liban ; le vol des biens publics est, quant à lui, explicite et qualifié, et les malversations reconnues, même si c'est du bout des lèvres. Alors autant y mettre un terme sans attendre ! Preuve en est que la réaction des concernés ne s'est pas fait attendre. Sous des dehors moqueurs, elle est d'une rare violence, à tel point que l'on craint véritablement pour la vie des « Don Quichotte » qui entendent leur faire lâcher leur prise sur l'économie et arrêter leur funeste entreprise.
Et quand, pardonnez-moi la comparaison, des proxénètes font régner l'ordre dans leur quartier, devrait-on s'accrocher à cet ordre et espérer qu'il soit étendu à toute la ville et à tout le pays ? Or il faut être complètement aveugle pour ne pas voir que, dans cette partie du monde, la corruption appelle l'insécurité, qui attire le fondamentalisme religieux. Et il faut être inconscient pour croire un instant que ce danger ne puisse être fatal à un pays comme le Liban. Il n'y a qu'à voir d'où sortent les mouvements salafistes pour comprendre que nettoyer les finances du pays et rétablir une justice sociale est une opération de survie et non un petit luxe pour politiciens oisifs et assoiffés de pouvoir.
C'est pourquoi l'imposture serait de minimiser le pillage de nos ressources avec toutes les conséquences qui en ont découlé : de la folle politique de paupérisation généralisée, à l'arnaque de la reconstruction qui nous a coûté le centre-ville de notre capitale, à chaque entreprise entachée d'irrégularités, au refus d'équiper correctement l'armée et de rémunérer justement la troupe, et j'en passe, jusqu'à l'hypothèque qui pèse sur l'avenir de la nation - 60 000 dollars par famille, ce n'est pas une mince affaire.
Car y a-t-il plus grande imposture que quand un bourreau assure sa victime qu'il ne lui fera pas mal, pourvu qu'elle ne résiste pas? Ou que le pays serait mis à feu et à sang si l'ombre d'une enquête devait être lancée pour retrouver la trace des 17 000 disparus de la guerre contre les Libanais et une certaine vision du Liban ou, pire encore, d'en identifier les assassins. Ou qu'on puisse, en vrais apprentis sorciers, prétendre faire feu de tout bois pour garder le pouvoir après s'être métamorphosé de collabos en ardents défenseurs de la liberté. Ou de faire vivre la nation sous une épée de Damoclès qui mue sans cesse : celle de l'investigation de l'assassinat de feu Rafic Hariri.
Et s'il y a une cause nationale pour laquelle il faudrait se battre, c'est bien celle de réconcilier avec leur pays et sa justice les parents et proches des victimes des guerres financées par la corruption et l'étranger. Or c'est bien la majorité qui s'y refuse avec acharnement et avec force menaces à peine voilées. En effet, la justice et la rétribution des crimes sont vraiment servies avec deux poids et deux mesures !
... Et si des citoyens devaient tomber un jour pour que vive le pays, il n'est pas normal que le pays devienne martyr pour la cause d'hommes, aussi illustres qu'ils puissent être.


Israël Katz assure que l’armée israélienne « conservera sa liberté d’action militaire » au Liban malgré la nouvelle trêve