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Nos lecteurs ont la parole

« La nausée »

Par Molly SELWAN
À vouloir sans cesse régler les problèmes politiques avant que de démêler les difficultés quotidiennes ; à vouloir résoudre les énigmes policières dans lesquelles baigne le pays, depuis cinq ans déjà, tout en négligeant les obligations envers le peuple ;
à plonger dans le marasme des règlements de comptes entre l´ennemi et l´ami, entre le fanatisme des uns et la nonchalance des autres, nous oublions que le temps qui passe ne pardonne pas. Nous négligeons les dangers climatologiques, autrement plus importants que les querelles intestines. Et, nous semblons ignorer que tous ces chefs de file, eux, ne sont pas des dieux et sont vulnérables, et que leurs paroles dont on nous rabat les oreilles comme un rituel ne sont ni paroles d´Évangile ni paroles de Coran.
Chaque obstacle à franchir dans le parcours politique fait boule de neige et dérive en une avalanche de complications. Dans cette conjoncture, les ministres subissent de nouveau les tiraillements entre leur allégeance politique et leur appartenance à un même gouvernement. J'avais entamé, sur ce papier, un autre point de vue, en citoyenne consciente de participer à la bonne marche de la chose publique. Ce fut le choc inattendu, à la lecture du document de la CBC, édité en page 3 de L'Orient-Le Jour le mercredi 24 novembre, qui me fit changer de cap. Qu'elle soient vraie ou fausse, l'hypothèse, à elle seule, de ces actes suffit à me donner la nausée.
- Que Jean- Paul Sartre, de là où il est, veuille bien m'excuser d'utiliser le titre d'un de ses célèbres écrits pour cet article, et pour exprimer les sentiments ressentis - ou sensations ? Cette réaction physique qui vous prend comme un étau ; impression soudaine de désillusion ; chute vers un inconnu fait de faiblesse, de duplicité, d'incapacité et de terreur. La faiblesse d'un État qui, à force de ménager et la chèvre et le chou, a créé une situation équivoque, ballottée entre le respect des articles de la Constitution, et des prétextes pour les enfreindre ; entre le désir d'appliquer la justice, et celui de protéger les criminels. Cette insistance à vouloir ignorer les résultats des législatives et à prendre des décisions en dehors du vote à la Chambre des députés fait de notre République une ébauche hybride entre celle issue de Taëf et une IIIe, à laquelle une partie des Libanais aspirent.
- Duplicité des indicateurs qui ont trempé dans le complot le plus abject de l'histoire du Liban. Culpabilité des responsables des services de renseignements qui, dans tout pays qui se respecte, sont sommés de présenter leur démission, ne serait-ce que pour incompétence professionnelle. Duplicité des personnes qui ont évolué dans le cercle de nos martyrs, ont travaillé pour la noble cause qui s'appelle Liban, sa reconstruction, sa place dans la géographie et l'histoire du monde, son rang dans les institutions internationales. Ces individus, en proie à des pulsions ignorées, ont retourné leur veste, abandonnant les symboles de notre indépendance pour les remplacer par des intérêts régionaux. La neutralité dont ils se drapent ne va pas sans évoquer pour moi la toge de Ponce Pilate.
- Incapacité de notre pays, devant les effets du Tribunal international pour le Liban, qui s'avère être une arme à double tranchant. Ce tribunal, qui n'a d'international que le nom et le lieu, applique le code libanais. Certains lui attribuent de l'incompétence et surtout beaucoup de lenteur ; ce qui laisse les fausses théories et les suppositions faire leur chemin dans les esprits ; surtout en cette ère du numérique où la profusion de nouvelles souvent non vérifiables envahi l'Internet. Et, comme le disait le journaliste Axel Gantz, « trop d'information tue l'information ». Pas besoin d'un Julian Assange pour confirmer la véracité des déclarations de la chaîne canadienne. Il semble que les reliefs de l'acte d'accusation soient déjà élaborés, par médias et journaux interposés. Il ne reste plus au procureur Bellemare qu'à l'annoncer de vive voix.
- Terreur ! Qui provient de terroriser. Pas besoin de se nommer el-Qaëda, ETA, ou bien Patasuna pour en venir à des actes terroristes. Le marasme dans lequel se débat notre pays ne présage rien de bon pour l'avenir. Nous en sommes toujours au même point qu'il y a cinq ans, dix ans, vingt ans, trente ans. Le Liban est le réceptacle des armes illicites ; il applique la coexistence sous toutes les formes (celle des victimes et des criminels, de l'État et de l'anti-État, des milices et de l'armée... et j'en passe). C'est ce qu'on appelle le miracle libanais.
La situation conflictuelle intérieure nécessite la médiation des pays impliqués. Mais ceux qui ont introduit les armes ont-il intérêt à les neutraliser ?
À vouloir sans cesse régler les problèmes politiques avant que de démêler les difficultés quotidiennes ; à vouloir résoudre les énigmes policières dans lesquelles baigne le pays, depuis cinq ans déjà, tout en négligeant les obligations envers le peuple ;à plonger dans le marasme des règlements de comptes entre l´ennemi et l´ami, entre le fanatisme des uns et la nonchalance des autres, nous oublions que le temps qui passe ne pardonne pas. Nous négligeons les dangers climatologiques, autrement plus importants que les querelles intestines. Et, nous semblons ignorer que tous ces chefs de file, eux, ne sont pas des dieux et sont vulnérables, et que leurs paroles dont on nous rabat les oreilles comme un rituel ne...
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