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Liban - Le Commentaire

Quelle prescription, quelle injustice, pour le sang des victimes des attentats ?

Une blessure, rajoutée à ce deuil qu'elles ne parviennent pas encore à faire : les familles de l'interminable cohorte des assassinés du Liban ne comprennent pas que des compatriotes, des frères de destin, exigent que justice ne soit pas rendue.
Révoltant, écœurant. D'autant qu'en cas de crime contre l'humanité, il n'y a ni oubli ni prescription. Ainsi, cette part de nous-mêmes qu'est l'Arménie depuis un siècle, depuis le génocide et l'exode, continue à exercer son droit à réclamer réparation, et surtout pardon, à la Turquie. L'on a beau plaider que les autorités turques actuelles ne sont pas responsables des actes des Ottomans, un tel choc est toujours présent. D'ailleurs, pour les juristes, le principe de continuité de l'État impose qu'un changement de pouvoir, de régime, n'efface ni responsabilités ni même dettes antérieures.
Il est donc tout à fait légitime que la communauté chiite libanaise persiste, depuis 32 ans, à demander à la Libye de révéler la vérité sur le sort réservé à l'imam Moussa Sadr et ses compagnons, en insistant au point d'altérer les relations libano-libyennes et en obtenant le boycott libanais du sommet arabe tenu chez Kadhafi. Mais, partant de là, il est évidemment inéquitable que d'autres composantes du pays, qui ont perdu tant d'innocents et de figures émérites, se voient refuser ne serait-ce que l'identification des coupables. Pire encore : elles se trouvent mises en demeure de gommer leur malheur, de ne plus en parler, sous peine de guerre civile destructrice ou de mains coupées, comme le répètent à satiété les dirigeants d'un parti céleste...
Une logique tellement inversée que les contempteurs du TSL condamnent d'avance, sans en connaître la teneur, l'acte d'accusation relatif à l'assassinat de Rafic Hariri. Mais également, on ne doit pas l'oublier, à tous les assassinats politiques, aux liquidations d'officiers qui en savaient trop, aux attentats terroristes à la bombe qui se sont égrenés jusqu'en 2008. Le tir de barrage contre la découverte de la vérité se fait au nom de la défense de la Résistance et de son armement. Cependant, on ne voit pas comment ils se trouveraient mieux préservés si leurs défenseurs devaient plonger le pays dans la discorde, voire dans la guerre civile. Et l'on ne comprend pas bien cette outrecuidance dans le chantage qui pousse certains à soutenir qu'il faut éviter de détruire le Liban rien que pour arrêter un assassin.
Le désaccord fatal, la confrontation sur le terrain ne peuvent servir qu'Israël. Le Hezbollah le sait et le dit. Sauf que la dislocation du Liban, dont rêve l'ennemi, peut se réaliser par les moyens politiques que le parti et ses alliés se proposent d'employer. En faisant sauter le gouvernement puis le système. Ils ont déjà entamé le processus, en boudant le Conseil des ministres et le comité du dialogue national.
Dans les faits, il est certain que la décision revient en premier lieu à la Syrie et à l'Iran. Eux seuls peuvent peser sur la partie qui détient cet armement qui conditionne tout à l'intérieur, la sécurité et la stabilité politiques. Un potentiel qui reste donc la clé de la discorde, ou de la concorde, tant dans le domaine politique que sur le terrain de la sécurité. L'autre partie, désarmée, ne garde qu'une possibilité : négocier, sur base de l'équation S-S, un arrangement raisonnable. Sur base du vieux slogan local, ni vainqueur ni vaincu. Des dispositions préventives doivent être prises dans cette phase préliminaire, avec le concours diligent des Syriens et des Saoudiens. Mais l'accord de fond ne peut pas être pratiquement traité, avant que l'on ne connaisse les conclusions du procureur Bellemare, pour voir si elles peuvent être rejetées par l'ensemble des fractions libanaises. Ou si elles vont prêter à des divergences qu'on devra alors s'efforcer d'aplanir.
Une blessure, rajoutée à ce deuil qu'elles ne parviennent pas encore à faire : les familles de l'interminable cohorte des assassinés du Liban ne comprennent pas que des compatriotes, des frères de destin, exigent que justice ne soit pas rendue.Révoltant, écœurant. D'autant qu'en cas de crime contre l'humanité, il n'y a ni oubli ni prescription. Ainsi, cette part de nous-mêmes qu'est l'Arménie depuis un siècle, depuis le génocide et l'exode, continue à exercer son droit à réclamer réparation, et surtout pardon, à la Turquie. L'on a beau plaider que les autorités turques actuelles ne sont pas responsables des actes des Ottomans, un tel choc est toujours présent. D'ailleurs, pour les juristes, le...
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