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Liban

Sleiman à Qatar : « La paix civile et l’entente nationale sont menacées »

De Doha, les Libanais ont surtout retenu l'accord qui a pu leur permettre de reprendre une vie quasi normale. Et à l'heure où la tension politique est à son comble, la visite au Qatar de Michel Sleiman soulève bien des questions. Est-il venu tirer la sonnette d'alarme ? Lors de la courte allocution prononcée dans les locaux de la nouvelle ambassade du Liban, le président de la République n'est pas allé par quatre chemins : la paix et l'entente sont aujourd'hui menacées.

Michel Sleiman et l’émir du Qatar, Hamad ben Khalifa al-Thani, écoutant l’hymne national libanais dans la cour de l’ambassade du Liban à Doha. Photo Dalati et Nohra

Au Qatar, pays désertique par excellence, la pluie est toujours de bon augure. Même les plus importantes réunions sont interrompues lorsque tombent les premières gouttes de pluie, et ce pour remercier le Créateur de Sa générosité, dans ce pays si aride. Cette prière s'appelle la baraka, la bénédiction, ou encore la chance.
 Faut-il donc déceler un signe d'espoir dans les quelques gouttes de pluie qui se sont mises à tomber, alors même que le président de la République, Michel Sleiman, franchissait le seuil du nouveau bâtiment de l'ambassade du Liban à Doha, aux côtés de l'émir du Qatar, Hamad ben Khalifa al-Thani ?
 Les Libanais, qui n'ont plus vraiment matière à espérer, veulent bien y croire. D'autant que le Qatar ne semble épargner aucun effort lorsqu'il s'agit d'aider leurs dirigeants à éviter le précipice politique et sécuritaire.
 Officiellement, Michel Sleiman était à Doha sur invitation de l'émir, à l'occasion de l'inauguration de la cale sèche située dans la zone industrielle de Ras Laffan. Cette cale sèche a la particularité d'être la plus grande et la plus moderne dans la région. Mais à son arrivée à Doha lundi soir, le président - accueilli à l'aéroport par l'émir du Qatar - ne s'est pas rendu au dîner prévu à l'ambassade du Liban à l'occasion de la fête de l'Indépendance. Au lieu de cela, il s'est directement rendu à son lieu de résidence, l'hôtel Four Seasons, en compagnie de cheikh Hamad pour une réunion à huis clos. Aucune information n'a pu filtrer de cet entretien.
 Hier, après l'inauguration de la cale sèche de Ras Laffan à 10h30, heure locale, Michel Sleiman est arrivé au nouveau bâtiment de l'ambassade du Liban, situé dans le quartier de West Bay à Doha. Il faut préciser dans ce cadre que tant le terrain sur lequel est bâtie l'ambassade que le bâtiment flambant neuf sont une donation de l'émir au Liban.
 Une source de la délégation libanaise a indiqué que c'était là un geste de l'émir, qui exprime ainsi son appréciation aux expatriés libanais qui travaillent au Qatar. Il faut également noter que ce nouveau bâtiment fait partie du club très limité des ambassades libanaises les plus neuves, les plus grandes et les plus modernes au monde. La nouvelle ambassade comprend trois bâtiments : le premier est affecté aux bureaux de la chancellerie, le deuxième abrite une salle des fêtes et le troisième servira de résidence à l'ambassadeur du Liban. Difficile de ne pas reconnaître de loin l'édifice, puisqu'il a été bâti dans le respect de l'architecture libanaise traditionnelle. Toit en tuiles rouges, pierres de taille, ainsi qu'un patio et une fontaine...
 
 Soutenir l'accord de Doha et appliquer Taëf
 L'événement était certes diplomatique par excellence, mais avait, à n'en point douter, un aspect social non négligeable puisque tous les expatriés libanais influents avaient répondu présent. À son arrivée à l'ambassade, Michel Sleiman a été accueilli par des élèves de l'École libanaise de Doha, portant des drapeaux libanais et qataris. La garde d'honneur a ensuite joué l'hymne national qatari puis celui du Liban. Ce qui est intéressant, c'est la sobriété de l'événement, totalement en phase avec la situation plus que tendue qui règne à Beyrouth. Le président avait d'ailleurs une mine assez grave et n'a salué que très rapidement, d'un geste de la main, les écoliers qui l'attendaient là depuis plus d'une heure.
 Une fois à l'intérieur de la salle de conférences, le président de la République et l'émir ont pu visionner un film résumant les relations libano-qatariennes, avec un accent particulier sur la reconstruction initiée par le Qatar dans certains villages du sud du Liban au lendemain de l'offensive israélienne de 2006. Accent particulier également sur la conférence interlibanaise de Doha en 2008 qui a abouti à l'accord de Doha et mis un terme aux affrontements dans les rues de la capitale.
 Cheikh Hamad a ensuite remis à Michel Sleiman la clé de l'ambassade du Liban à Doha « au nom de tous les expatriés libanais du Qatar ». Prenant la parole après avoir été présenté par l'ambassadeur du Liban, Hassan Saad, M. Sleiman ne s'est pas étendu sur le sujet. Il a simplement voulu mettre l'accent sur le rôle unificateur de l'émirat durant la crise libanaise de 2008, précisé que « la paix civile et l'entente nationale sont actuellement menacées » et qu'il convient donc de « soutenir une nouvelle fois l'accord de Doha et l'accord de Taëf ». Il faut surtout, a ajouté M. Sleiman, « ne pas sortir du système que nous avons nous-mêmes décidé de nous imposer ».
 Cette visite est d'autant plus importante que le Liban traverse une crise politique sévère, causée notamment par l'approche de la publication de l'acte d'accusation du Tribunal spécial pour le Liban chargé de faire la lumière sur l'assassinat de l'ancien Premier ministre Rafic Hariri.
 Signe que la visite de M. Sleiman à Doha n'est pas purement protocolaire, elle intervient alors que le Premier ministre qatari, cheikh Hamad ben Jassem ben Jabr al-Thani, se trouve a Beyrouth, où il est arrivé inopinément lundi après-midi, juste avant le départ du chef de l'État pour le Qatar. Cheikh Hamad a tenu des pourparlers avec les différents responsables libanais. Une source du gouvernement a affirmé dans ce contexte à l'AFP que cette visite surprise était directement liée à la situation politique fragile qui règne à Beyrouth.
 Reste à savoir si, cette fois encore, le Qatar va jouer le rôle de pacificateur, comme en mai 2008, dans le cas où la situation viendrait à dégénérer au fur et à mesure que la date de publication de l'acte d'accusation du Tribunal spécial pour le Liban approche. La situation diplomatiquement privilégiée du Qatar dans la région en fait un interlocuteur de choix ; l'émirat est en effet l'un des rares pays, sinon le seul, qui parvient à dialoguer autant avec Mahmoud Abbas qu'avec Khaled Mechaal, qui entretient des relations avec Israël, la Syrie et l'Iran, sans jamais se faire taper sur les doigts par la communauté internationale.
Au Qatar, pays désertique par excellence, la pluie est toujours de bon augure. Même les plus importantes réunions sont interrompues lorsque tombent les premières gouttes de pluie, et ce pour remercier le Créateur de Sa générosité, dans ce pays si aride. Cette prière s'appelle la baraka, la bénédiction, ou encore la chance. Faut-il donc déceler un signe d'espoir dans les quelques gouttes de pluie qui se sont mises à tomber, alors même que le président de la République, Michel Sleiman, franchissait le seuil du nouveau bâtiment de l'ambassade du Liban à Doha, aux côtés de l'émir du Qatar, Hamad ben Khalifa al-Thani ? Les Libanais, qui n'ont plus vraiment matière à...
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