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Liban - Le Commentaire

Traiter la désagrégation par un pacte amendé

Un ancien dirigeant relève que l'on ne peut plus continuer à voguer sans compas, boussole, rose des vents, journal de bord et manuel de navigation. Il faut des règles, une convention, un pacte non écrit, une Constitution actualisée, une feuille de route cohérente. Sans quoi il ne peut y avoir, pour commencer, un gouvernement qui soit en mesure de produire, de tenir ses engagements, de servir, de réaliser ses projets.
L'on a mis sur pied, encore une fois, un cabinet baptisé d'union nationale, contre-vérité évidente car ses membres sont divisés, verticalement clivés. Séparés par tant de fossés, de l'idéologie à la culture, en passant par le personnel. Des antonymes inconciliables, qui se tirent dans les pattes, se neutralisent et s'interdisent réciproquement tout rendement. Faute, au départ, d'un programme commun contraignant, négocié avant la déclaration ministérielle qui doit en exposer les points. L'opposition s'est transposée de la Chambre au gouvernement pour le miner de l'intérieur, en toute mauvaise foi. Comme en attestent les multiples dispositions de la déclaration ministérielle ainsi que du comité national de dialogue, que les minoritaires renient aujourd'hui avec virulence, après les avoir approuvées dans réserve.
Autre grave défaut du mariage contre nature entre l'eau et le feu : il met de côté, il trahit même carrément la démocratie. Car il en gobe le premier des principes : le respect du verdict des urnes et de la volonté populaire. À travers la règle élémentaire qui remet les rênes à la majorité élue, en vouant la minorité à un rôle de censeur opposant, à la Chambre, dans la perspective d'une alternance lors des législatives suivantes. Circonstance aggravante : la formule dite de Doha établit que toute décision d'importance doit être prise à l'amiable, sans recours au vote, ce fondement de la démocratie, remplacé donc par son anagramme, le droit de veto. Ce qui revient à dire que neuf fois sur dix, aucune décision ne pourra être arrêtée.
On l'aura deviné : cette dérive provient de deux causes associées. D'abord, la dénaturation des équilibres communautaires, absolument nécessaires dans un pays composite, du fait que le pluralisme, aussi indispensable, n'existe plus chez une communauté déterminée, phagocytée par le monopole d'un tandem. Et qui, puissante raison collatérale, domine le pouvoir par défaut à travers l'épée de Damoclès, la menace, le chantage que constitue son armement.

Colmatage
Même si l'on admet que dans ces conditions il n'y avait pas moyen de faire autrement que de se rabattre sur un système de consensus, on observe que pour en atténuer les vices et les effets négatifs, il aurait fallu s'accorder sur des mécanismes précis d'application. Précaution élémentaire qui n'a pas été prise à Doha, conférence bâclée, menée tambour battant par les Syriens.
Résultat pratique : c'est dans les médias, à la télévision, à la radio, dans la presse écrite, sur Internet que le débat s'effectue. Et non plus entre les quatre murs des institutions, Chambre et Conseil des ministres.
On tourne donc le dos à la Constitution issue de Taëf. Dans son article 65, elle prévoit une majorité des deux tiers pour 14 sujets mettant en jeu l'intérêt national. On peut les citer : révision de la Constitution ; l'état d'urgence ; la guerre et la paix ; la mobilisation générale ; les accords et conventions internationaux ; le budget de l'État ;les plans de développement à long terme ; la nomination des fonctionnaires de la première catégorie ; la modification du découpage administratif ; la dissolution de la Chambre ; la loi électorale ; le code des naturalisations ; les règlements concernant l'état civil et le limogeage des ministres. Bien sûr, on peut, on doit même, beaucoup rallonger cette liste en fonction de l'émergence de problèmes essentiels.
Mais, pour le fond, quand on passe de la démocratie du vote à la soi-disant démocratie consensuelle qui l'exclut, il faut au moins préciser dans quelles limites, pour limiter les dégâts. En d'autres termes, il faut établir une liste, comme dans l'article 64 C, des sujets essentiels qui ne peuvent être réglés que par un accord à l'amiable, aussi long que doit être le temps des négociations. On permettrait ainsi que des questions - des projets touchant aux intérêts des gens - puissent être réglées par un recours au vote. En précisant, dans ce cas, à quel niveau la majorité décisive doit se situer : simple, absolue, deux tiers ou plus. Bref, même et sans doute surtout, quand on dévie comme on le fait actuellement, il faut un garde-fou. Une convention, un traité, un pacte pour que le pis-aller ne tourne pas à la chute dans l'abîme.
Un ancien dirigeant relève que l'on ne peut plus continuer à voguer sans compas, boussole, rose des vents, journal de bord et manuel de navigation. Il faut des règles, une convention, un pacte non écrit, une Constitution actualisée, une feuille de route cohérente. Sans quoi il ne peut y avoir, pour commencer, un gouvernement qui soit en mesure de produire, de tenir ses engagements, de servir, de réaliser ses projets.L'on a mis sur pied, encore une fois, un cabinet baptisé d'union nationale, contre-vérité évidente car ses membres sont divisés, verticalement clivés. Séparés par tant de fossés, de l'idéologie à la culture, en passant par le personnel. Des antonymes inconciliables, qui se tirent dans les pattes, se...
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