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Économie - Liban - Reportage

Le Kurdistan irakien, terre d’opportunités pour les investisseurs libanais

Loin des ruines de Bagdad, la région autonome du Kurdistan, au nord de l'Irak, bénéficie d'un statut privilégié, grâce à sa relative stabilité politique et sécuritaire, et aux efforts de son gouvernement pour la rendre attractive aux yeux des investisseurs étrangers - dont les Libanais.

Les investisseurs étrangers sont de plus en plus nombreux à se ruer vers cette région de l’Irak, encore vierge et à fort potentiel de croissance.

Avec près de 800 millions de dollars investis au Kurdistan irakien entre 2008 et 2010 par des entreprises libanaises, le pays du Cèdre figure en bonne place au classement des investisseurs arabes dans cette région - seulement devancé par le Koweït, selon une source officielle du gouvernement kurde. Certes, la Turquie est très présente en raison de sa proximité géographique et de ses attaches culturelles avec les Kurdes, mais les entrepreneurs arabes, tous pays confondus, sont devenus les premiers investisseurs dans la région, avec plus de 2,7 milliards de dollars injectés en deux ans (74 % du montant total des investissements), toujours selon la source précitée.

D'un « no man's land » à un « promised land »?
L'implantation des compagnies libanaises dans cette région stable de l'Irak a été favorisée par une politique incitative adoptée par le gouvernement régional du Kurdistan (GRK), qui travaille d'arrache-pied, depuis plusieurs années, pour améliorer l'infrastructure en place et encourager les entreprises à investir. Une loi sur la libéralisation des investissements a ainsi été instaurée il y a quatre ans, comprenant plusieurs conditions très avantageuses pour les sociétés étrangères : exonération d'impôts pendant 10 ans, possibilité d'acquisitions foncières, détention de 100 % des actions de leur entreprise... « Le gouvernement est déterminé à assurer un avenir meilleur aux citoyens du Kurdistan. Nos priorités sont de développer l'infrastructure, l'éducation, la santé, l'agroalimentaire, et tant d'autres secteurs. Il y a beaucoup à faire », confie le chef du bureau des affaires étrangères du GRK, Falah Mustafa Bakir, à L'Orient-le Jour. « Nous nous sommes donc tournés vers le secteur privé local et étranger, ouvrant nos bras aux pays voisins. Un bureau indépendant pour l'investissement a même été créé, en vue de faciliter les démarches des investisseurs. Pour ces derniers, le Kurdistan représente à la fois une base d'implantation régionale, et une porte vers le reste de l'Irak », explique-t-il. Les retombées positives de cette politique se sont déjà faites sentir au Kurdistan, avec un revenu moyen par habitant qui a bondi de 20 % entre 2007 et 2008, à 6 000 dollars - un niveau quasiment égal à celui du Liban. En outre, les flux des investissements directs étrangers (IDE) en direction de la région ont totalisé 39 milliards de dollars en 2009, selon les chiffres officiels du GRK.
Par conséquent, les entreprises libanaises, friandes d'opportunités et peu effrayées par le climat d'instabilité qui règne en Irak - et auquel est à tort associé le Kurdistan, en dépit de la paix qui règne dans cette enclave - se sont précipitées vers cette nouvelle terre promise. Indice révélateur : la compagnie d'aviation Middle East Airlines (MEA) a inauguré au printemps une ligne directe reliant Beyrouth à Erbil, avec trois vols hebdomadaires, qui rencontrent un très grand succès. « La MEA serait heureuse d'augmenter le nombre des vols Beyrouth-Erbil, qui sont bondés en raison de la forte demande. Nous attendons que les autorités irakiennes nous donnent le feu vert », confie un responsable de la compagnie.

Les services, point fort des Libanais
Comme toujours, les entreprises libanaises se sont concentrées sur ce qu'elles savent faire le mieux : les services. À titre d'illustration, au niveau de l'hôtellerie et du tourisme, le premier établissement grand luxe d'Erbil, qui devrait être inauguré vers la fin de l'année pour un coût de quelque 55 millions de dollars, sera le résultat du partenariat de l'entreprise libanaise Malia Holding et du groupe Rotana Hotels. En ce qui concerne les services bancaires, Byblos Bank et l'Intercontinental Bank of Lebanon (IBL) ont déjà ouvert des branches au Kurdistan depuis plusieurs années. Pour les Salons et les foires internationales, le groupe International Fairs and Promotions (IFP), implanté depuis 2004 et leader incontesté du marché kurde, a inauguré en début de semaine la 6e édition de l'exposition Erbil International Fair (voir encadré), préparant déjà son prochain Salon, Iraq Medicare, prévu de prendre place fin novembre. D'autres secteurs ont été en outre explorés par les Libanais, dont celui de la construction, où le succès a toutefois été moins franc que dans les services.
La compétence technique des Libanais et leur multilinguisme, qui leur a permis de travailler comme intermédiaires au service d'entreprises étrangères moins familiarisées avec le terrain et les coutumes locales, semble être la source de ce succès. « Les Libanais sont très appréciés dans la région, en raison de leur niveau élevé de professionnalisme. Nous les considérons comme nos partenaires. Ils sont actifs dans plusieurs secteurs comme l'hospitalité, l'hôtellerie, la restauration, l'esthétique, le design, la santé ou l'éducation. La première école avec laquelle le GRK a signé un accord est d'ailleurs libanaise, l'International School of Choueifat (qui a ouvert en 2006) », a renchéri M. Bakir. L'université BMU libano-française - Pigier a également été fondée en 2007. Aujourd'hui, ces établissements peuvent se targuer de figurer parmi les plus demandés de la région, et ont tous deux inauguré des campus flambant neufs entre 2009 et 2010.

Revers de la médaille
Cet engouement des Libanais pour le Kurdistan irakien risque toutefois de perdre de son élan en raison de certaines failles au sein du système : la corruption et les carences infrastructurelles, que le jeune gouvernement combat férocement, le manque de main-d'œuvre qualifiée, ou encore les tensions politiques liées au projet du rattachement de la province de Kirkouk, très riche en gaz naturel et en pétrole, à la région autonome du Kurdistan (prévu par l'article 140 de la Constitution irakienne).
En outre, certains secteurs-clés sont largement dominés par la présence turque, au détriment des compagnies libanaises. Plus de 500 entreprises turques opèrent actuellement au Kurdistan, notamment dans les secteurs de l'énergie, de la construction ou des télécoms. Le volume total des échanges entre la Turquie et le Kurdistan était estimé à 6 milliards de dollars en 2009. « Mais ce que les Turcs, les Iraniens ou les Chinois possèdent en quantité, nous l'avons en qualité, dans d'autres secteurs », assure le représentant d'une compagnie libanaise. « Nous ne sommes pas des commerçants pour rien », a-t-il conclu avec un sourire.
Avec près de 800 millions de dollars investis au Kurdistan irakien entre 2008 et 2010 par des entreprises libanaises, le pays du Cèdre figure en bonne place au classement des investisseurs arabes dans cette région - seulement devancé par le Koweït, selon une source officielle du gouvernement kurde. Certes, la Turquie est très présente en raison de sa proximité géographique et de ses attaches culturelles avec les Kurdes, mais les entrepreneurs arabes, tous pays confondus, sont devenus les premiers investisseurs dans la région, avec plus de 2,7 milliards de dollars injectés en deux ans (74 % du montant total des investissements), toujours selon la source précitée.D'un « no man's land » à un « promised...
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