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Liban - Le Commentaire

L’hospitalité politique à la libanaise, c’est toujours fifty-fifty

Rien ne change au Liban. Quand un visiteur étranger de marque se pointe, venant d'Est ou d'Ouest, une partie de la population l'accueille avec des youyous et l'autre par des huées. L'une élève son portrait et l'autre le lacère. Et quand un zaïm oriental lance à un leader occidental, à partir de notre territoire, « nous sommes là », ce sont des Libanais qui lui répondent « mais l'autre aussi, à nos côtés ! » Tout le monde s'y met, sauf l'État, tenu à l'écart et qui compte pour rien. Bref, plutôt que de le soutenir, cet État censé servir de toit commun, de penser et d'agir en termes de nations, nos leaders courent, dans la compétition qui les oppose, après les soutiens extérieurs, de gauche ou de droite. Avec, évidemment, un prix à payer. Ce qui fait que, de leur faute, ce pays reste une serpillière sur laquelle toutes les puissances du dehors s'essuient les pieds, une lice ouverte pour des règlements de comptes par fractions libanaises interposées.
Il est loin le temps où le pacte national se fondait sur le principe « ni-ni », c'est-à-dire pas plus avec l'Est qu'avec l'Ouest, mais une neutralité positive assortie d'une ouverture de bonne foi, de bonne volonté, sur le monde entier, l'ennemi israélien excepté. En pratique, cela signifiait en 1943 que la communauté islamique ne songerait plus à une fusion avec la Syrie et que les chrétiens renonceraient à la protection française. Une précision : au départ, ces derniers craignaient que le marché ne tînt pas, parce que la Syrie resterait à nos portes, donc pourrait rentrer chez nous à tout moment, alors que la France est à des milliers de kilomètres. Riad Solh leur avait alors répondu : comme garanties, nous vous offrons les principaux leviers de commande de l'État, la présidence de la République, le commandement de l'armée et de la gendarmerie, la direction de la Sûreté générale, ainsi qu'une proportion de 6 à 5 en votre faveur au Parlement comme au gouvernement. Une générosité qui allait susciter des regrets. Car, lésée par les pouvoirs régaliens accordés à la présidence de la République, la composante islamique du pays a bientôt levé l'étendard de la contestation, en réclamant une participation plus équitable au pouvoir réel. Thème principal, sur le plan institutionnel de la conférence de Taëf.
Mais, surtout, le rassemblement national n'a duré qu'une douzaine d'années. À partir du milieu des années cinquante du siècle dernier, la lutte des axes a commencé. Essentiellement entre Nasser et ces Américains qui avaient chipé la place des Britanniques en volant au secours du Raïs lors de la guerre du canal de Suez, en 56 ! Foster Dulles avait ensuite fabriqué le pacte de Bagdad qui avait sauté, en même temps que la tête du jeune roi Fayçal, lors de la révolution irakienne de 1958 menée par un Kassem qui, quelque temps plus tard, devait être liquidé à son tour. Tout ce sang a répandu un esprit de violence qui, la même année, a touché le Liban. Les nassériens se sont révoltés contre le régime proaméricain de Chamoun. Et depuis lors, les Libanais n'ont jamais cessé d'être clivés, divisés, suivant les vents contraires successifs qui ont soufflé, et soufflent encore, sur la région.
Le hic, le grand problème, c'est qu'un Liban servant de sparring-partner commode à tous les champions devient forcément le pivot même de la lutte des axes et de ses côtés collatéraux, aux effets aggravants. Ainsi, quand Ahmadinejad se pointe à la frontière avec Israël pour vitupérer, les Israéliens et les Américains se rebiffent, mais la Syrie et l'Arabie saoudite sont manifestement agacées !
Rien ne change au Liban. Quand un visiteur étranger de marque se pointe, venant d'Est ou d'Ouest, une partie de la population l'accueille avec des youyous et l'autre par des huées. L'une élève son portrait et l'autre le lacère. Et quand un zaïm oriental lance à un leader occidental, à partir de notre territoire, « nous sommes là », ce sont des Libanais qui lui répondent « mais l'autre aussi, à nos côtés ! » Tout le monde s'y met, sauf l'État, tenu à l'écart et qui compte pour rien. Bref, plutôt que de le soutenir, cet État censé servir de toit commun, de penser et d'agir en termes de nations, nos leaders courent, dans la compétition qui les oppose, après...
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