Premières réponses, déterminantes pour la suite, mercredi prochain en Conseil des ministres. On verra si le 8 Mars continue à exiger que le dossier des faux témoins soit déféré devant la Cour de justice. Dans l'espoir que le déclenchement de cette procédure locale incite le TSL à retarder l'acte d'accusation jusqu'à son aboutissement. Autrement dit, dans l'espoir que l'on mette la charrue devant les bœufs. Puisque des faux témoins, il ne peut y en avoir que dans le cadre du procès international sur l'assassinat du président Rafic Hariri et de ses compagnons de destin. Or, avant qu'ils ne soient pointés du doigt en cours des travaux du tribunal, ou au moins dans l'acte d'accusation, on ne voit pas comment ces suspects peuvent être poursuivis, en bonne logique. Cela étant, sur plainte de particuliers, comme le général Jamil Sayyed, ou sur information policière, la justice libanaise est parfaitement en droit d'acter, comme le ministre de la Justice Ibrahim Najjar l'a reconnu dans son rapport. Sauf qu'il s'agirait là d'une affaire de diffamation, aux conséquences criminelles certes graves, mais n'ayant rien à voir avec cette sûreté de l'État dont la Cour de justice, tribunal d'exception s'il en est, peut connaître, ses verdicts étant sans appel. À ce propos, et toujours en bonne logique, le gouvernement serait bien avisé de laisser la Cour de justice se prononcer elle-même sur sa compétence dans le dossier des faux témoins, sans décret la contraignant à s'en saisir. Techniquement, l'affaire des faux témoins est du ressort de la juridiction pénale (et civile) ordinaire avec ses trois degrés : première instance, appel, Cour de cassation.
Retour au vrai volet, le politique. La question qui se pose est de savoir si les ministres du 8 Mars décidaient de bouder les séances du Conseil des ministres au cas où leurs exigences seraient rejetées. Pour l'heure, les informations recueillies à ce sujet indiquent qu'ils n'en ont pas l'intention. Parce que leur boycott éventuel provoquerait sans nul doute la chute du cabinet d'union, et l'accord syro-saoudien l'interdit. De plus, Saad Hariri pourrait toujours former un nouveau gouvernement, avec sa majorité, les centristes, et peut-être même Joumblatt qui, malgré son revirement, se refuse à lui tourner le dos. Sans compter qu'il bénéficie personnellement du soutien, jamais démenti, du président Nabih Berry. Sans jouer le cheval de Troie, le président de la Chambre milite pour éviter la casse, donc pour le maintien du gouvernement actuel. Les ministres du 8 Mars continueraient dès lors leurs pressions au sujet du TSL, et l'aile radicale de leur camp pourrait agiter la menace d'un nouveau recours à la rue. Encore qu'après la kermesse de l'AIB et Bourj Abi Haïdar, la sécurité a été également déclarée ligne rouge par les Syriens et par les Saoudiens à l'issue du sommet tripartite de Baabda. Et puis, si le 8 Mars devait parvenir, en cas de démission de ses ministres, à empêcher la formation d'un cabinet formé sans lui, le président Saad Hariri continuerait à diriger une équipe gouvernementale constitutionnellement chargée d'expédier les affaires courantes. Éventuellement pour de longs mois. Tout serait gelé, et il n'y aurait plus moyen, pour les adversaires du TSL, de tenter de le contrer de l'intérieur du pouvoir libanais. On comprend dès lors pourquoi les ténors du 8 Mars, même au niveau du Hezbollah, ne parlent plus de faire sauter le gouvernement dit d'union, cet outil de chantage.


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