Un seul moyen d'entamer la thérapie : un nouveau congrès national pour fonder un Liban doté d'un État de droit fort, souverain, en mesure de faire régner la loi. Avec, naturellement, prise en compte des équilibres délicats, des particularismes au sein du pluralisme, des droits des communautés ou des régions. Autrement, un jour ou l'autre, la pratique des colmatages à la Doha ne pourrait plus suffire pour empêcher la dislocation. Car, un jour ou l'autre, les caprices des uns sembleraient trop excessifs aux autres pour être encore gobés.
Le problème n'est pas facile. Pour corriger un défaut, on risque fatalement de le remplacer par un vice aussi grave, sinon plus. Ainsi, le pacte de 1943 ayant dévolu des pouvoirs régaliens au président de la République, on a entrepris de le dépouiller, à Taëf, des prérogatives les plus élémentaires. Dont la capacité, salutaire, d'arbitrer les conflits internes. Cela, au nom de la participation. De ce fait, le déséquilibre et la discrimination n'ont fait que changer de camp, sans s'effacer. Sauf, sans doute, sous la tutelle, mais au prix d'un gommage total, incluant en prime tout l'État, tout le Liban politique. Quand Damas harmonisait la soi-disant troïka par la contrainte.
Malgré le sanglant, le destructeur enseignement des guerres intestines, les Libanais n'ont pas compris que leur salut commun réside dans une double nécessité : une indépendance effective et un régime public juste. Ce qui induit, évidemment, l'adoption d'une démocratie certes adaptée aux conditions délicates d'un pays composite, mais restant bien posée sur ses bases. C'est-à-dire se fondant sur le suffrage universel pour déterminer une majorité qui gouverne et une minorité qui s'oppose, dans une perspective d'alternance.
Perspectives
Autrement, il n'y aurait que trois choix plus désastreux l'un que l'autre pour l'ensemble des Libanais. Soit la dislocation en cantons, plus ou moins fédérés ou autonomes. Soit une mainmise réussie de la part des promoteurs d'une troisième République à visage partenarial, mais d'âme théocratique. Soit le rétablissement du mandat syrien. Cette tutelle qui, sous une forme à peine déguisée, imposait au Liban les rigueurs politiques du système totalitaire syrien. Du moment que le président de la République, le président de la Chambre, le président du Conseil, les ministres et l'écrasante majorité des parlementaires, tous parachutés par Damas via son gauleiter, étaient à la botte de l'occupant.
Au départ des troupes syriennes, après la révolution du Cèdre, les Libanais ont pensé un moment qu'ils allaient pouvoir normaliser leur vie politique. À travers des élections législatives dégageant une majorité gouvernante et une minorité opposante. Mais cette règle du jeu a été tout de suite faussée. Parce que les rapports de force confessionnels, en sus de la menace des armes miliciennes, ont imposé une alliance contre nature politiquement, dite des Quatre, entre les souverainistes et les suivistes. Conséquence logique de ce traité, la majorité issue du 14 Mars a dû coopter le 8 Mars au sein d'un gouvernement de désunion ironiquement baptisé cabinet d'union nationale. Et si certains courants ont été écartés de la première mouture, ils ont été récupérés la fois d'après, puis la suivante. Quand, circonstance aggravante, l'on a remplacé le tiers de blocage par la décision que tout serait décidé à l'amiable, sans recours au vote en Conseil des ministres. Au profit de l'anagramme antonyme, paralysant, de ce principe démocratique, le droit de veto. Tiré en sens contraire par un attelage placé devant et un autre placé derrière, le char de l'État fait donc du surplace. Et on sait que qui n'avance pas recule. À preuve que l'indépendance du Liban, jamais solidement établie, s'effrite de jour en jour face aux visées extérieures, axe d'acier en tête. Tandis que la quête de la vérité, à travers le TSL, indispensable, en termes de stabilité, pour lutter contre l'impunité et prévenir des récidives terroristes, se voit gravement entravée. Par le vrai-faux système de Doha.

