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Nos lecteurs ont la parole

Tous sur le Liban !

Georges TYAN
Rien ne va plus, Madame la Marquise. Il faut cesser de se leurrer, le Tribunal spécial pour le Liban est une nécessité, non seulement pour que la vérité soit faite (le sera-t-elle jamais ?) mais plus encore, pour que ceux qui se sont donné la licence de tuer impunément, qui ont fait de notre pays une arène de sang sachent qu'un jour ou l'autre ils devront rendre des comptes.
Saad Hariri a exonéré les Syriens, oui mais jusqu'à preuve du contraire. Sans doute fallait-il lire entre les lignes. Il a fait sienne la formule : présumé innocent. Il a un État à gérer. De plus, le pays ne peut pas rester à la merci des aléas d'un acte d'accusation dont personne ne connaît encore le contenu et dont pourtant chacun déballe les lignes sur la place publique, comme s'il l'avait lui-même rédigé.
Ils sont forts, ces Libanais, ils savent tout, se mêlent de tout, régentent tout. Pour un peu, ils auraient l'outrecuidance de dire à Dieu : Ôte-toi de là que je m'y mette !
Les plaisanteries les plus courtes sont les meilleures, mais celle-ci n'a que trop duré; elle ne fait plus rire; elle devient franchement scabreuse. D'autant plus que, pour faire peur et ramener à la raison, certains politiciens ressortent l'épouvantail d'une nouvelle guerre intestine où le sang coulerait à flot.
En fait, je crois qu'ils ont parfaitement raison : à défaut d'en pleurer il vaudrait mieux en rire ; si on nous tue, c'est de notre faute. Nous n'avons pas su préserver les acquis de ce qu'ils appellent pompeusement la révolution du Cèdre, mais que, plus modestement, je qualifierais, de jour glorieux du 14 mars 2005.
Nous avions alors connu, et quelque peu savouré, ce qu'étaient l'indépendance, la liberté et la souveraineté, et nous avions pratiquement réussi à délier ce nœud qui nous ancrait, à notre corps défendant, à l'insoluble problème palestinien.
Maintenant, c'est pire encore, comme me l'expliquait il y a quelques jours l'un de ces érudits en politique. Nous sommes devenus partie prenante dans les problèmes de toute la région, allant de l'Irak à la Syrie, en passant bien entendu par la Palestine occupée, pour arriver à l'Iran, l'Arabie saoudite, le Yémen, la Turquie et j'en passe.
Je me demande bien si le Nicaragua, le Zimbabwe ou les îles Sous-le-Vent n'ont pas affaire avec nous. C'est dramatique de se savoir tributaire du bon vouloir des autres, d'autant plus que leurs intérêts sont le plus souvent antagonistes et que finalement c'est vous qui réglez la note.
Je ne comprends pas cette caste politique qui veut une chose et son contraire, qui clame son indépendance, puis de ses propres mains ouvre grand la porte de la bergerie aux loups et aux prédateurs.
C'est dégradant de se sentir autant diminué et impuissant!
À sa création, le Tribunal spécial pour le Liban, TSL pour les intimes, était censé protéger tous les Libanais, indépendants, 8 et 14 Mars confondus, contre les tueries et la violence, servir de garde-fous à ceux qui seraient tentés de continuer sans vergogne l'aventure. Il est devenu pomme de discorde nationale.
Quel tintamarre ! Mais dans un pays où l'on cherche toujours midi à quatorze heures, où l'on se perd en conjectures pour savoir où réside réellement le centre de décision, je serais plus abrupt encore - pour savoir qui détermine les destinées de notre patrie, il faut bien donner le change et meubler le temps.
Alors, faire fonctionner les méninges, détourner l'attention d'une population qui ne sait comment assurer la scolarité de sa progéniture, sa pitance quotidienne, ses soins médicaux, l'eau, l'électricité, éviter les routes devenues impraticables, les embouteillages inextricables, pour eux, c'est un jeu d'enfants.
C'est pour connaître de ces sujets-là qu'il faut aussi créer un Tribunal spécial pour le Liban. L'acte d'accusation en serait de lui-même établi, les fautifs sont tous à portée de main, ils circulent au grand jour. Dans ces affaires il n'y aura pas de faux témoins ; les preuves sont tangibles et elles n'ont pas besoin d'être soutenues ou démontrées.
Il ne se trouvera certainement pas un seul Libanais pour crier à l'injustice, au complot, récuser les juges, sauf ceux à même qui sont responsables de cette situation catastrophique dans laquelle ils enfoncent le pays. On dirait qu'ils mettent toute leur hargne et leur énergie à le décrédibiliser et le détruire.
Pour eux, tout ira toujours très bien, Madame la Marquise, merci ! Même condamnés pour avoir mis l'avenir de tout un pays en danger, ils ne seront pas poursuivis et n'encourront aucune peine ou amende, ils se sont octroyés une immunité à toute épreuve.
Ils auront été tous sur le Liban et jamais pour lui.

Georges TYAN 
Rien ne va plus, Madame la Marquise. Il faut cesser de se leurrer, le Tribunal spécial pour le Liban est une nécessité, non seulement pour que la vérité soit faite (le sera-t-elle jamais ?) mais plus encore, pour que ceux qui se sont donné la licence de tuer impunément, qui ont fait de notre pays une arène de sang sachent qu'un jour ou l'autre ils devront rendre des comptes.Saad Hariri a exonéré les Syriens, oui mais jusqu'à preuve du contraire. Sans doute fallait-il lire entre les lignes. Il a fait sienne la formule : présumé innocent. Il a un État à gérer. De plus, le pays ne peut pas rester à la merci des aléas d'un acte d'accusation dont personne ne connaît encore le contenu et dont pourtant chacun...
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