Ceux qui se narguent avec véhémence, avec en arrière-plan des « armes prêtes à l'emploi », croient naïvement que ces armes vont les défendre efficacement contre leurs adversaires au point de les rendre invulnérables. Étalant leurs muscles, le verbe haut, savent-ils vraiment ce qu'ils font ? Ils n'ont pas encore très bien compris que toute confrontation conduisant à l'utilisation de la force porte en elle les germes de la mort, de la destruction et de la désolation. Pensent-t-ils vraiment qu'ils sont protégés par « l'être suprême » pour croire qu'ils sortiront vainqueurs de la confrontation ?
En réalité, si tous savent comment la confrontation commence, personne ne sait en revanche comment elle se terminera, quelle que soient la puissance de déduction de chacun d'entre nous et notre aptitude à lire l'avenir.
Le dicton libanais : « Les calculs du moulin ne coïncident pas avec ceux du champ » s'applique très bien à ces agissements naïfs et meurtriers. La sagesse n'est pas le fort de tous. Ceux qui se comportent de la sorte n'ont pas retenu les leçons encore fraîches de l'histoire, à savoir que personne n'est jamais toujours vainqueur et que même si on l'emporte, la victoire peut se muer en défaite aussi rapidement qu'elle commence à être savourée. Bien plus, même à une échelle autrement plus importante que la nôtre, des empires se sont défaits au gré de l'histoire et ceux qui croyaient en l'éternité de leur empire se sont vus foulés aux pieds et traînés dans la boue et le sang.
Les uns disent qu'après une confrontation, « rien ne sera comme avant ». Bien sûr que rien ne sera comme avant, c'est là une vérité digne de Monsieur de La Palice ! Mais quel sera le nouvel équilibre ? Nul ne peut le prédire car, comme on dit, « à fort plus fort que lui ». On ne joue pas avec les équilibres sans en subir directement ou indirectement les conséquences. La preuve : ceux qui ont cru qu'ils avaient gagné la guerre se voient acculés aujourd'hui à revoir leurs calculs, et ceux qui essaient maintenant de rompre l'équilibre seront un jour condamnés à restituer leurs acquis. Chacun peut être fort à un moment donné, mais il n'est jamais assez fort pour s'imposer durablement. C'est une loi historique que personne ne peut contester.
Enfin, réveillez-vous ! La nature nous a dotés d'un beau pays, que beaucoup nous envient. Ne serait-il pas plus judicieux que les protagonistes belliqueux arrivent plutôt à un arrangement pour rétablir les équilibres qui sont maintenant totalement rompus en raison de l'ambition démesurée des uns et des autres, mêlée à de la malhonnêteté ? Et que cet arrangement soit basé sur le respect mutuel et le respect des lois fondamentales du pays ainsi que des accords passés qui nous protègent ? Mettre au placard les vindictes, les vengeances et les représailles et trouver des solutions simples, justes, naïves, jugeront certains, mais surtout dans la franchise qui fait renaître la confiance, car personne n'est dupe des intentions de l'autre et la franchise est la meilleure arme pour retrouver la confiance pour qu'enfin la paix règne dans nos chaumières. Sinon, on risque tous de tout perdre encore une fois.
Nous sommes condamnés à vivre ensemble. Alors pourquoi ne pas faire de cette « fatalité » un atout ? Chacun devrait se rendre compte, en relisant l'histoire, qu'aucune partie au Liban n'a les moyens de s'imposer durablement et ne sera jamais assez forte pour traiter les autres avec désinvolture et tyrannie, car son tour viendra irrémédiablement, tôt au tard, où elle les subira.
Puisque c'est là aussi une fatalité, alors pourquoi ne pas user de sagesse ? Faisons un pari sur le même concept que celui de Blaise Pascal dans ses Pensées : on parie sur la franchise et la confiance des uns et des autres ; si on gagne, on gagne tout, et si on perd, on ne perd rien car on aura toujours le temps pour retourner la situation.


Israël Katz assure que l’armée israélienne « conservera sa liberté d’action militaire » au Liban malgré la nouvelle trêve