Le texte original du Statut des juifs, promulgué en France en octobre 1940, contenant les annotations personnelles du maréchal Pétain. PhotoAFP
Il s'agit du « projet de loi » qui porte les annotations manuscrites au crayon du chef du régime de Vichy, la ville du centre de la France où le gouvernement s'était réfugié. Ses notes « remanient profondément » la nature d'un texte déjà « extrêmement antisémite », qui le devient encore davantage, assure Me Klarsfeld, connu pour avoir traqué d'anciens nazis. Selon l'avocat et son fils Arno, qui a comparé l'écriture avec celle d'autres textes manuscrits de Pétain, il ne fait « aucun doute » que les annotations sont bien du maréchal. « La découverte de ce projet est fondamentale. Il s'agit d'un document établissant le rôle déterminant de Pétain dans la rédaction de ce statut et dans le sens le plus agressif, révélant ainsi le profond antisémitisme » de celui qui devint chef de l'État lors de la défaite de 1940, explique Me Klarsfeld.
Ce sont désormais tous les juifs qui sont visés, qu'ils soient étrangers ou français. Alors que le projet initial prévoyait d'épargner « les descendants de juifs nés français ou naturalisés avant 1860 », Pétain décide en effet de rayer cette mention. Le champ d'exclusion des juifs est également considérablement élargi. La justice et l'enseignement leur sont désormais totalement fermés. De plus, ils ne peuvent plus être élus. « Le principal argument des défenseurs de Pétain était de dire qu'il avait protégé les juifs français. Cet argument tombe », affirme Me Klarsfeld.
Arrêté après la défaite allemande, le maréchal Pétain sera condamné à mort en 1945 pour haute trahison. La sentence sera commuée en prison à perpétuité et l'ancien chef d'État mourra le 23 juillet 1951. Les lois antisémites de Vichy seront annulées dès la Libération en août 1944. Mais il faudra attendre 1995 pour que l'État français, par la voix du président Jacques Chirac, reconnaisse sa responsabilité dans la déportation des juifs de France.


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