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Nos lecteurs ont la parole

Qui donne ordonne

Par Mario B. HELOU
« La stabilité du Liban est une ligne rouge. » Parfaitement d'accord. Et nous ne pouvons qu'en savoir gré au roi Abdallah d'Arabie et au président syrien Bachar el-Assad de nous avoir libérés, ne serait-ce que provisoirement de ce cauchemar qui hantait nos nuits paisibles en décidant conjointement de nous accorder une période de stabilité éphémère. Dans ce même contexte, nous aurions souhaité sentir que le Liban est réellement un pays indépendant et souverain, capable de gérer ses propres affaires sans avoir à recourir à des assistances (tutelles) amies, frères, sœurs ou autres.
Il sont nombreux ceux qui n'ont pas encore compris, ou se refusent à comprendre qu'entre États la « mendicité » a un prix que les faibles de ce monde doivent être prêts à payer en contrepartie d'un simulacre de stabilité toute relative. Cette « bienfaisance » (tout en regrettant de devoir employer ce terme) obéit à un principe très connu, surtout parmi les joueurs de poker, selon lequel qui donne ordonne. Cette règle est également applicable en toute négociation entre deux parties inégales. Exemple vivant, pour ne pas en citer d'autres nous touchant de près : Netanyahu-Abbas. Quel est le poids de ce dernier face au géant d'en face et qu'espère-t-il obtenir d'autre que des miettes ? Et encore ! Dans de telles conditions le mot « négociation » devra inéluctablement être remplacé par « mendicité ». Partant de là, lorsqu'un État faible, ne disposant d'aucune contrepartie à offrir, se verra contraint d'accepter un diktat sous couvert d'assistance financière, militaire, technique ou autre. C'est, de surcroît, le cas des pays sous-développés ou du tiers-monde d'une part et celui des pays disposant de richesses naturelles mais incapables de les exploiter et de les gérer par leurs propres moyens, préférant pour ce faire recourir aux services de puissances étrangères, avec toutes les conséquences qui en découlent.
Comme nous le savons si bien, le Liban est un pays faible, divisé sur lui-même, sensible à la politique des puissances régionales et celles qui ont leurs intérêts dans cette région, une caisse de résonance de tous les conflits régionaux et internationaux du fait de la diversité de ses confessions et la multiplicité de leurs tendances. C'est ainsi que nous avons, sur ce bout de territoire, plusieurs Liban, dont : le Liban syrien, le Liban iranien, le Liban saoudien, le Liban égyptien, le Liban irakien, le Liban palestinien, le Liban franco-américain, le Liban libanais (en gestation), etc. Avec leurs services de renseignements respectifs, bien équipés et entraînés pour fomenter et exécuter les programmes que leurs missions respectives requièrent.
Cet ensemble de « républiques » qui se vouent une haine des plus cordiales à l'image des puissances qui les soutiennent, et disposant chacune d'une infrastructure à la mesure de son volume et de ses ambitions, se trouvent représentées au sein d'une équipe appelée gouvernement d'union nationale. Dans la forme, ce n'est pas tellement mauvais, mais dans le fond, la formule renferme toutes les germes de l'implosion. Car en tenant compte des contradictions et des ambitions qui opposent leurs groupes respectifs, ses composantes n'arrivent pas à se mettre au diapason, se trouvant de facto confrontées à ces mêmes contradictions, d'où la paralysie dont l'État est frappé et son incapacité à protéger les citoyens en tant qu'État responsable de leur sécurité et de leur bien-être. C'est dans ce contexte que s'inscrit l'hésitation du gouvernement à faire usage des moyens dont il dispose face aux hordes armées, lesquelles, faisant fi de tout sentiment humain, n'hésitent pas, pour un oui ou pour un non, à tirer sur tout ce qui bouge, semant la terreur et faisant des victimes innocentes parmi la population. Pour qui et pour quoi ? Pour récupérer la Palestine perdue dans les méandres des surenchères et des tiraillements, ou pour assister à des embrassades hypocrites et à la formation de comités mixtes, alors que l'État en est réduit à jouer un rôle de simple médiateur entre des clans qui s'affrontent pour des causes n'entretenant aucun rapport avec l'intérêt national mais pouvant par contre servir la cause de l'ennemi ?
Il est tout à fait naturel que, dans un pays comme le nôtre, où l'État n'arrive pas à se libérer des handicaps que lui imposent l'histoire et la géographie, et des séquelles d'un passé qui continue à peser lourd, que des difficultés surgissent, conduisant à des situations peu confortables. Mais ce qui n'est pas permis, c'est de constater que les ferments de division laissés par plus de trois décennies de guerres et d'occupation continuent à régir la vie politique libanaise. La méfiance entre les différentes composantes du pays allant jusqu'à la haine sont alimentées par la violence du verbe et la peur de l'autre.
Des théoriciens (qui rendraient jaloux Danton ou Robespierre) aux têtes brûlées, convertis en juges, sans vision aucune, ignorant ou feignant d'ignorer la complexité du schéma politique, des francs-tireurs embusqués, guettant n'importe quel incident grave ou moins grave pour se manifester à travers des spéculations et des déclarations don quichotesques dans le seul but de verser de l'huile sur le feu et nous rappeler qu'ils continuent à exister.
« Tant va la cruche à l'eau qu'à la fin elle se casse ». La miniguerre de Bourj Abi Haïdar n'est qu'un simple échantillon du tournant que pourraient prendre les événements s'il n'est pas mis un terme à la politique de l'autruche pratiquée jusque-là. Des mesures sérieuses doivent être prises, qui commenceraient par le respect du citoyen et de ses droits. Une telle initiative contribuerait énormément à juguler les frustrations sociales savamment exploitées par les pêcheurs en eau trouble.
Dans cet imbroglio politico-socio-sécuritaire où la tension est à son paroxysme nous avons un gouvernement chancelant, apathique, oscillant entre des attitudes diverses après avoir perdu le sens de l'orientation. Dans tout pays qui se veut démocratique, lorsqu'un gouvernement n'est plus à la hauteur des événements, il ne lui reste qu'à tirer sa révérence et s'en aller sans tambours ni trompettes tant qu'il en est temps. Les problèmes sont énormes, les esprits surchauffés et les doigts sur la gâchette. Nous avons besoin de véritables hommes d'État visionnaires, responsables, capables de réunifier toutes « ces républiques bananières » sous la houlette d'un Liban libanais. Des hommes capables de restituer à la justice sa crédibilité et son autonomie, et à transformer les relations de dépendance en liens préférentiels de coopération politique, économique et culturelle. Des hommes conscients que ce pays a un passé, un présent, un avenir indissolubles. Des hommes décidés à reprendre l'État en main et à veiller sur l'héritage laissé par nos ancêtres, nos intérêts d'aujourd'hui et nos espoirs de demain - ceux de nos jeunes, bien entendu.

Mario B. HELOU
Ancien attaché d'ambassade
« La stabilité du Liban est une ligne rouge. » Parfaitement d'accord. Et nous ne pouvons qu'en savoir gré au roi Abdallah d'Arabie et au président syrien Bachar el-Assad de nous avoir libérés, ne serait-ce que provisoirement de ce cauchemar qui hantait nos nuits paisibles en décidant conjointement de nous accorder une période de stabilité éphémère. Dans ce même contexte, nous aurions souhaité sentir que le Liban est réellement un pays indépendant et souverain, capable de gérer ses propres affaires sans avoir à recourir à des assistances (tutelles) amies, frères, sœurs ou autres.Il sont nombreux ceux qui n'ont pas encore compris, ou se refusent à comprendre qu'entre...
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