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Liban - Le Commentaire

Personnalisé, le clivage interchrétien tourne au cercle vicieux

Difficile ? Non, pratiquement impossible, l'unité des rangs chrétiens. Les leaders ne peuvent s'entendre sur aucun dénominateur commun. Ils ont en effet choisi des lignes parallèles qui ne se rejoignent jamais. Peu importe qu'ils le fassent de bonne foi, en pensant servir la patrie, ou pour servir leurs ambitions propres et des intérêts déterminés. Ce qui transparaît clairement de leurs propos c'est qu'ils sont mus par de forts antagonismes, une antipathie aussi personnelle que politique. Le meilleur moyen, sans aucun doute, de desservir et de trahir les intérêts supérieurs de leur communauté comme du pays.
Les fustigeant sévèrement, le patriarche Sfeir répète que « les rangs des maronites sont divisés. Ils s'attaquent les uns les autres, pour rafler tel ou tel strapontin leur apportant la notoriété, et peut-être l'argent. Le problème, c'est que tous les maronites veulent être des présidents... ». Pour leur rappeler enfin « qu'en l'état des choses, le pays court à la désintégration ».
Des tentatives de conciliation, menées par les quatre évêques et la Ligue maronite, et même des chartes d'honneur, il y en a eu à la pelle. Une rencontre nationale chrétienne s'est même tenue, il y a quelque temps. Pour énoncer un engagement commun sur :
- Le respect de la Constitution dans sa teneur plénière.
- Le soutien au président de la République afin qu'il puisse assumer son rôle.
- L'exigence d'un statut intérieur du Conseil des ministres définissant les mécanismes et les obligations du pouvoir exécutif.
- L'adoption d'une loi électorale juste.
- La correction du déficit infligé à la représentation des chrétiens dans les administrations de l'État.
- La réforme radicale et en profondeur de l'administration générale comme de la justice, en vue d'édifier l'État du droit et des institutions.
Une proclamation qui est restée lettre morte. De même que le pacte sur la praxis politique établi par la commission mixte des Églises du Liban. Ce texte défendait l'entité, la souveraineté, la coopération avec la Syrie, la neutralité dans les conflits extérieurs, la primauté absolue de l'autorité publique seule détentrice des armes, la participation à l'État, la régulation de ses rapports avec l'Autorité palestinienne comme de l'armement dans les camps.

Éthique
Les participants à la conférence s'étaient focalisés sur la déontologie politique, parlementaire et ministérielle. Leur but : vitaliser un État civil démocratique, où la liberté religieuse ne serait pas étouffée, les droits politiques de l'homme respectés sans limite. Loin de tout recours à la violence, et des guerres déclenchées au nom de la religion. Les forces de l'ordre doivent assurer la sécurité des citoyens et la stabilité. Dans un système fondé sur le principe d'une franche séparation entre la religion et l'État.
Après ces vœux pieux, l'on a reparlé de l'unité des chrétiens, plus particulièrement des maronites. En considérant qu'unis, ils auraient bien plus d'influence, d'impact, d'effet sur les destinées du pays. Le potentiel de cette communauté est notoirement considérable, pour ne pas dire énorme, sur bien des plans. Elle est enracinée au Liban, elle fait corps avec lui. Si elle n'assume pas ses responsabilités à son égard, on ne sait pas ce qu'il pourrait en advenir. Un pays totalitaire ou un régime théocratique.
Sous le titre « Cette patrie qui a toujours raison », Ghassan Tuéni écrivait en 1971 : « La caractéristique de la démocratie est que l'erreur d'un dirigeant est rectifiée par la Chambre des députés. Tandis que la faute du dictateur, militaire ou pas, ne peut pas être corrigée de manière pacifique, c'est-à-dire dans le cadre des institutions démocratiques. Elle aurait pour prix l'irruption d'un nouveau dictateur, avec ce que cela implique en sang versé et en larmes. »
Le député Sleimane Frangié a invité les leaders chrétiens à s'entendre sur des constantes nationales, pour réaliser au moins l'unité d'objectif, car l'unité des rangs peut rester illusoire et de pure forme. Il n'est pas entré dans les détails et n'a pas défini ces constantes. Tout récemment, le leader des Forces libanaises, Samir Geagea, a pressé les jeunes au Courant patriotique libre de revenir aux impératifs du programme originel de leur formation, critères qu'il a pris soin d'énumérer un par un. Mais il s'est attiré de vertes ripostes de la part du général Michel Aoun, du ministre Gebran Bassil et d'autres. En fait, M. Geagea avait oublié, ou fait semblant d'oublier, que depuis son retour d'exil, le général Aoun a totalement changé son fusil d'épaule, effectuant un virage à 180 degrés. La souveraineté, l'indépendance, l'État de droit fort, la liberté n'ont plus le même sens pour lui. À Paris, il était contre l'armement du Hezbollah, et maintenant il le défend en lui donnant le pas sur l'armée et les FSI. À Paris, il surenchérissait sur la Rencontre de Kornet Chehwane pour exiger le retrait des troupes syriennes qu'il qualifiait d'occupantes. Il n'admettait même pas qu'elles se retirent par étapes, en restant quelque temps dans la Békaa. Il répétait que leur présence constituait une violation de la souveraineté, de l'indépendance et de la liberté du Liban. De plus, il imputait à la Syrie la responsabilité des crimes, des attentats, des assassinats commis au Liban, puisqu'elle détenait les rênes de la sécurité. Aujourd'hui, il dénonce tous ceux qui évoquent encore cette responsabilité antérieure. En soutenant que la Syrie a cessé de se mêler des affaires du Liban depuis le retrait de ses troupes. Et alors que lui-même se rend maintenant régulièrement à Damas, comme tant d'autres amis, ou instruments, de ce régime. Enfin, après avoir estimé un certain temps qu'il fallait attendre l'enquête et le verdict de la justice dans l'affaire de l'assassinat du président Rafic Hariri, le général Aoun affirme aujourd'hui que ces investigations sont suspectes et la justice politisée.
Bref, on ne voit pas sur quelles bases les loyalistes chrétiens pourraient nouer des liens avec un CPL dont les nouvelles constantes sont à l'exact opposé des leurs.
Difficile ? Non, pratiquement impossible, l'unité des rangs chrétiens. Les leaders ne peuvent s'entendre sur aucun dénominateur commun. Ils ont en effet choisi des lignes parallèles qui ne se rejoignent jamais. Peu importe qu'ils le fassent de bonne foi, en pensant servir la patrie, ou pour servir leurs ambitions propres et des intérêts déterminés. Ce qui transparaît clairement de leurs propos c'est qu'ils sont mus par de forts antagonismes, une antipathie aussi personnelle que politique. Le meilleur moyen, sans aucun doute, de desservir et de trahir les intérêts supérieurs de leur communauté comme du pays.Les fustigeant sévèrement, le patriarche Sfeir répète que « les rangs des maronites sont divisés. Ils...
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