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Lifestyle - Société

Les « mariages » entre femmes sont monnaie courante en Tanzanie

Suivant une vieille tradition précoloniale, des femmes âgées « épousent » des jeunes filles pauvres afin de perpétuer le nom de leur famille.

Weregesa Mwita, 85 ans, est assise à l’entrée de sa maison à côté de son « épouse » Monicca, 23 ans, dans le village de Tarime.  Tony Karumba/AFP

« Je l'ai épousée en 2005 », raconte Ana Mwita, une femme aux cheveux gris, désignant, fièrement, sa jeune compagne, Johari. Chez les Kurya de Tarime, dans le nord de la Tanzanie, ces mariages entre femmes âgées seules et jeunes filles pauvres sont monnaie courante. « Mon mari est décédé il y a plus de 15 ans, me laissant toute seule, sans enfant alors que nous avions des champs et beaucoup de bétail. Au bout de 10 ans de veuvage, j'ai décidé, suivant une vieille tradition ici, de me marier », relate Ana, 65 ans. « Il nous fallait des enfants pour que le nom de la famille ne s'éteigne pas, mais aussi quelqu'un pour s'occuper du bétail et de moi-même. »
Les enfants sont déjà là, une fillette de trois ans qui trottine entre les trois cases du foyer et un petit garçon qui s'amuse dans les bras d'Ana. Le père biologique de ces chérubins est un neveu d'Ana, qui était déjà marié lorsque sa tante lui a demandé de « s'occuper de Johari ». En vertu de cette tradition, la fillette et le petit garçon sont les enfants de la mkungu (la vieille, en langue tribale).
Mais il n'est pas à portée de bourse de n'importe quelle femme âgée de se payer ainsi une « épouse » bonne à tout faire car il faut, comme dans les mariages ordinaires, offrir une importante dot à la belle-famille. Ana a pu se marier, cérémonie traditionnelle à l'appui, au prix de « neuf vaches, des cuves de vin local et plusieurs couvertures ». Johari, 23 ans, assure dresser un bilan positif de ces cinq ans de vie commune. « Je suis heureuse, j'ai ce qu'il me faut pour moi et mes enfants. Et je suis libre, je vais en ville quand je veux. »
Mais les ménages de ce genre, parfaitement chastes et sans équivalent dans le reste de la Tanzanie, ont de moins en moins de chance de faire long feu. « À cause de la modernisation et des gens qui viennent de la ville », fulmine Bibi Nyamwanga qui envisage une troisième union après deux précédents ménages très éphémères. La mkungu s'était d'abord mariée à un homme qu'elle aimait bien mais qui finit par la répudier parce qu'elle n'avait pas d'enfant. Rentrée chez ses parents, elle eut la chance, rare pour une femme de cette tribu, d'hériter de vastes terres qu'elle n'arrivait pas exploiter toute seule.
En 1996, elle épousa une jeune fille au prix de neuf vaches et 350 000 shillings (environ 300 dollars). « Mais un jour, elle s'est éprise d'un jeune homme venu de la ville. Ils sont partis ensemble en 2002 », raconte-t-elle, les larmes aux yeux. Le jeune homme a eu la délicatesse de rembourser la totalité de la dot payée par la vieille femme. La mkungu a dû chercher une autre jeune fille qui est, elle aussi, « partie en mai 2009 ». « J'ai perdu mon temps, mon argent et mon bétail. Ça ne m'a servi à rien, rien du tout », regrette la septuagénaire.
La jeune Farida Zacharia est, quant à elle, révoltée contre cette tradition et surtout contre son père. « C'est lui qui m'a livrée à une mkungu. Je n'ai jamais vu de femme aussi méchante. Elle me battait parfois, et voulait me changer d'homme comme elle voulait. Si ma mère avait été encore en vie, elle n'aurait sûrement pas accepté cela », raconte-t-elle. Entrée dans son nouveau ménage, à peine âgée de 19 ans, elle s'en est « évadée », selon son propre terme, moins d'une année plus tard pour d'abord « cacher la honte » dans la drogue. Elle a pu ensuite entrer comme femme de ménage chez un couple relativement aisé et rêve aujourd'hui de s'unir à un jeune homme de son choix.
Des cas de « mariages » entre femmes ont été recensés dans plusieurs dizaines de communautés africaines précoloniales. Cette pratique s'est raréfiée aujourd'hui, mais perdure en certains endroits, comme dans la région de l'Igboland (sud-est du Nigeria).
« Je l'ai épousée en 2005 », raconte Ana Mwita, une femme aux cheveux gris, désignant, fièrement, sa jeune compagne, Johari. Chez les Kurya de Tarime, dans le nord de la Tanzanie, ces mariages entre femmes âgées seules et jeunes filles pauvres sont monnaie courante. « Mon mari est décédé il y a plus de 15 ans, me laissant toute seule, sans enfant alors que nous avions des champs et beaucoup de bétail. Au bout de 10 ans de veuvage, j'ai décidé, suivant une vieille tradition ici, de me marier », relate Ana, 65 ans. « Il nous fallait des enfants pour que le nom de la famille ne s'éteigne pas, mais aussi quelqu'un pour s'occuper du bétail et de moi-même. »Les enfants sont...
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