Cette position est évidemment de nature architecturale, et l'on peut bâtir là-dessus un projet solide. Pour peu, cependant, qu'il ne s'agisse pas de propos lancés en l'air par le député de Zghorta. Que son ouverture s'avère vraiment sérieuse et non pas simplement inspirée par la circonstance occasionnelle des retrouvailles avec le chef de l'Église maronite.
Pour le fond, on observe que c'est l'unité d'objectif qui tisse l'unité des rangs, et non forcément l'inverse. Il faut donc reprendre le collier et tenter, encore une fois, de recoller les pièces du puzzle chrétien, dans l'intérêt bien compris de toute cette composante fondatrice de la patrie. D'où la nécessité, à partir de l'invite de Sleimane Frangié, d'organiser rapidement un nouveau débat interne. Des échanges intensifiés sur ce que peut bien signifier, en pratique et en détail, cette formule de constantes chrétiennes considérée comme source incontournable de réunification vitalisante. Pour qu'ensuite, et comme cela a toujours été dit et prévu, il en soit discuté avec l'autre moitié du Liban, sa composante musulmane, en vue d'aboutir à un pacte renouvelé, fondé certes sur le principe initial, évidemment indispensable, de la coexistence et de la parité. Mais avec des réajustements, des aménagements, prenant en compte l'évolution des temps sur tous les plans : le politique, l'institutionnel, l'économique, le social, le démographique, le régional, le spirituel et le culturel. Avec en vue, pour parachever l'édifice, le toit protecteur d'un État de droit, garant du règne effectif de la loi, démocratique, indépendant, libre souverain, maître du territoire dans son intégralité comme des armes.
Une fois un tel cadre mis en place, il n'y aurait pas d'inconvénient, au contraire même, que des particularismes s'expriment au sein des communautés ou des divers groupements. Sans obligation de suivre le mode de cimentation tendant à la monopolisation, sinon au monolithisme, qu'adopte pour sa part la collectivité chiite. Un phénomène qui d'ailleurs perturbe le jeu politique, en produisant des résultats électoraux connus d'avance dans d'importantes régions. Et qui, en outre, affecte le système des équilibres qui régit nécessairement un pays composite pluraliste. Sans compter qu'au bout du compte, la démocratie se trouve écrasée, du simple fait que son tout premier principe, une majorité qui gouverne et une minorité qui s'oppose, est jeté au panier.
Retour à la frange chrétienne, plus précisément maronite. Bien démocratisées, la compétition et l'émulation pour le leadership constitueraient une valeur ajoutée dans la défense des droits communs. La bataille pouvant, devant même, s'engager pour le rétablissement d'une vraie république parlementaire, afin que l'arrangement conclu dit de consensus obligatoire, qui consacre le droit paralysant de veto et gomme le devoir de vote, ne tourne pas à un fédéralisme des communautés, si décentré que chacune aurait son propre canton, sa propre milice aussi car aucune ne voudrait laisser ce privilège à la voisine. Il est donc évident que des Libanais qui veulent d'un pays uni autant que démocratique ne peuvent plus accepter que le président de la République ne soit plus élu, mais désigné à la suite d'un consensus. Ni qu'il en aille de même impérativement pour la formation d'un gouvernement. L'expérience a amplement montré que la dérive de Doha produit fatalement un État paralysé, car le cabinet dit d'union, fabriqué d'antonymes inconciliables, est en réalité de désunion totale. Ainsi, chaque fois qu'il y a divergence sur une question, aucune décision ne peut être prise, puisqu'il faut l'accord de tous.
Dès lors, c'est surtout l'intérêt national que les pôles chrétiens doivent commencer à défendre à travers le débat virtuel sur les constantes. Il faut, à cette fin, se projeter sur un même objectif incluant le rejet de l'implantation, le coup d'arrêt aux acquisitions foncières ou immobilières par des étrangers comme aux naturalisations abusives, la concrétisation du droit de vote des Libanais installés, ou présents, à l'étranger. Pour écouter enfin le président Hussein Husseini quand il énonce : « Les sociétés sont issues des individus et des familles. Tout comme ces derniers et ces dernières jouissent d'une indépendance déterminée, dans un cadre de coopération entre eux ou elles, la société y a droit également, dans les limites de sa coopération avec les autres sociétés. Ces limites étant, tout d'abord, le respect de la souveraineté d'un peuple sur son territoire. Comme de son droit à se gouverner sans que d'autres États ne s'immiscent dans ses affaires intérieures et ne l'empêchent à défendre son unité et l'intégrité de son territoire. »
Et à bon entendeur salut.

