Pour cette source, dont les avis sont largement écoutés, « la présence d'un égocentrique à Baabda aurait sans doute plongé le Liban dans une nouvelle guerre civile. Car il aurait cherché à se venger de ses ennemis politiques, en foulant aux pieds le système démocratique et les libertés publiques. Certains pensent, à tort, qu'une guerre éclate, de temps à autre, entre deux généraux. La vérité est que le général Sleiman n'est en guerre contre personne. Sa pondération, sa sagesse, son équilibre solide font que ses contempteurs se ravisent, et deviennent ses amis. Alors que le général Aoun finit par faire de ses amis des adversaires ».
« Si le général Michel Sleiman avait été président de la République quand le général Michel Aoun était chef du gouvernement, la guerre de libération n'aurait pas eu lieu. Car le général Sleiman aurait vu, en tant que militaire, que les rapports de force étaient trop disproportionnés. La guerre de suppression, d'élimination des Forces libanaises ne se serait pas produite non plus. Car elle était de toute évidence, quel qu'en fût le résultat sur le terrain, vouée à finir en perte non seulement pour les deux camps mais pour le Liban tout entier. Il n'y aurait pas eu, non plus, de guerre pour récupérer les ports et les secteurs publics avant que l'État ne se fût assuré d'être devenu plus fort que les milices. Bien évidemment, la frappe syrienne du 13 octobre, occasionnée par le refus du général Aoun de rendre le palais de Baabda au président Élias Hraoui, comme il avait refusé antérieurement de le rendre au président-martyr René Moawad, aurait également été évitée. »
Supputations
Retournant à l'actualité, la personnalité citée suppose que « si le général Michel Aoun était aujourd'hui président, il aurait fait la guerre au Hezbollah, en base de la devise » pas d'armes sauf entre les mains de l'État. Un principe qu'il répétait chaque jour quand il était installé à Paris. À l'époque, il se dressait contre la prorogation du mandat du président Émile Lahoud, affirmant que ce dernier ne pourrait pas aller jusqu'au bout de sa rallonge illégitime de trois ans. Redisons-le, si le général Aoun était aujourd'hui président, il se vengerait de ses ennemis politiques et jetterait en prison tout opposant. Il aurait dissous le Parlement, pour en susciter un nouveau où il aurait détenu une majorité écrasante de strapontins lui permettant de gouverner le pays à sa guise.
Se référant à l'offense du général Aoun visant le général Sleiman, la source assure que ce dernier « est de la graine des hommes qui ne pleureraient qu'en voyant le Liban disparaître, en tant qu'entité, qu'État, qu'identité et que système. Il pleurerait également sur celui qui ne saurait pas préserver un bien qui lui a été confié, comme un homme. Ou encore, sur les âmes malades ».
De son côté, un député du 14 Mars estime que le général Michel Aoun, et certains de ses partisans, ont pensé, au départ, que le mandat du président Sleiman ne durerait pas plus de deux ans. On sait que c'est la condition que le chef du CPL posait pour accepter qu'un autre que lui fût élu. Force lui est de déchanter, et ce serait la raison de ses attaques. Relayées, comme on sait, par l'ancien ministre Wi'am Wahhab qui a appelé, à partir du perron de Rabieh, le chef de l'État à démissionner. La frustration n'a fait que s'aggraver au fil des mois. Le général Aoun a cru que le président Sleiman ne serait pas en mesure de faire face aux difficultés qu'il rencontrerait. Il a parié que les municipales ne seraient pas organisées dans les délais, et elles l'ont été. Il a misé sur les nominations pour faire sauter le gouvernement, et il n'en a rien été. De même, il a pensé qu'il serait le seul à entretenir des liens positifs avec la Syrie, mais le président Sleiman, et le président Hariri, ne se sont pas montrés en reste. Autre désillusion, contrairement à ce qu'il soutenait, les voyages du président Sleiman à l'étranger n'ont pas été de simples promenades d'agrément, mais bien des démarches utiles sur tous les plans, redonnant au Liban son rôle international, et lui apportant des aides diverses, politiques ou d'ordre matériel.
Le député loyaliste note enfin que le général Michel Aoun n'est pas conséquent avec lui-même. Quand il insinue que des ministres sont corrompus, qu'il en traite d'autres d'incapables en leur demandant de démissionner et quand il attaque le chef de l'État, il devrait se détourner d'un tel pouvoir. Et retirer ses ministres du gouvernement.

