Pour Yahima Torrès (qui incarne Sarah), jeune beauté cubaine repérée en 2005 par le réalisateur dans une rue de Belleville à Paris, cette scène-là fut la plus pénible de toutes : « Elle est humiliée, tout le monde la touche, la frappe... Je n'ai eu aucun mal à pleurer, je n'avais qu'à me mettre à sa place », a-t-elle témoigné hier.
Sarah finira dans un bordel. À sa mort, Georges Cuvier, l'un des pères de l'anatomie moderne, obtient de la disséquer et d'en conserver le squelette, ainsi que les fesses et les organes génitaux placés dans le formol. Ses restes seront exposés au musée de l'Homme jusqu'au début du XXe siècle. Abdelattif Kéchiche - récompensé à Venise en 2007 par le Grand Prix du Jury pour La Graine et le Mulet - s'est appuyé sur les nombreux documents d'époque, dont un procès fait à Caezar à Londres, pour raconter une histoire qui se veut aussi une réflexion sur la dilution des responsabilités dans la meute : « À partir du moment où on est plusieurs à regarder, on se sent moins responsable. » Mais « l'acte le plus barbare », estime-t-il, fut la dissection de cette femme ; elle avait refusé de son vivant de se montrer aux scientifiques, qui n'ont pas
hésité pourtant, après sa mort, à violer sa volonté : « Jusqu'où peut-on aller pour réaliser une ambition ? » demande-t-il. Interpellé en conférence de presse sur la longueur du film (2 heures 39) et sur la répétition de scènes d'exhibition, qui placent le spectateur dans la position du voyeur de l'époque, il s'est défendu de toute complaisance : « On a une progression dans l'exhibition du corps, un chemin vers l'abîme, jusqu'à l'épuisement, puis la mutilation. »
Plus intimiste - et plus abscons -, l'autre film du jour en sélection officielle, Attenberg, de la réalisatrice grecque Athina Rachel Tsangari, met en images les interrogations d'une jeune femme sur le sens de la vie et son apprentissage sexuel.


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