Le Liban a commencé à se transformer en ring régional en 1958, avec l'affrontement entre les partisans du président Camille Chamoun, dont le mandat risquait d'être renouvelé, et les fidèles du président Gamal Abdel Nasser. En arrière-plan : la lutte d'influence, en voie d'achèvement, entre la Grande-Bretagne sortante et l'impétrant américain. Doublée d'un bras de fer immédiat entre les USA et la RAU de Nasser, le décolonisateur et chantre de l'union arabe. Le colonel avait pu faire coup double. Tout d'abord, il avait fait contrer la Grande-Bretagne, lors de la guerre de Suez, par les Américains. Ensuite, il avait contré ces derniers, en faisant gommer le pacte de Bagdad, établi par Foster Dulles, grâce à une révolution sanglante qui avait balayé et tué le roi d'Irak. Mais le bikbachi, tout comme Hafez el-Assad plus tard, avait dû traiter avec les Américains au sujet du Liban, pomme partagée. En effet, pour mettre un terme à la révolution dans notre pays, ces derniers n'avaient pas hésité à y envoyer leur Sixième Flotte. Ils s'étaient ensuite entendus avec Nasser, et le général Fouad Chéhab avait été élu président de la République libanaise.
Sous le président Charles Hélou, les fedayine palestiniens ont commencé à s'infiltrer au Liban par vagues successives. À partir du moment où leur présence dans le Arkoub frontalier était devenue si dominante qu'on parlait de Fatehland, les Libanais se sont divisés à leur sujet. La moitié leur reconnaissait le droit de tenter de libérer leur pays à partir de notre territoire. Et l'autre relevait que ce serait tout simplement leur abandonner le Liban. De fait, l'armement palestinien chez nous n'a jamais libéré le moindre pouce de territoire palestinien occupé. Et, tout au contraire, c'est le Sud-Liban qui a été occupé et qu'il fallait désormais libérer. Sans compter que les fedayine avaient forgé, avec le concours de leurs partisans libanais, un État dans l'État, et l'on disait alors de Yasser Arafat qu'il était le gouverneur de Beyrouth. Les Israéliens l'en ont délogé, puis les Syriens ont fait de même à Tripoli, où il s'était réfugié, pour l'expédier à Tunis.
Tronqué, l'accord de Taëf, au lieu de redonner corps à l'État libanais comme il était censé le faire, n'a fait qu'en réduire l'autorité à presque rien. Tout était commandé à partir de Damas, avec relais à Anjar, siège du gauleiter syrien. Sous les présidents Hraoui et Lahoud, les autorités locales légitimaient la mainmise syrienne par le slogan « une présence légale, nécessaire et provisoire ». Alors qu'elle n'était rien de cela. Ni légale, ni provisoire, ni nécessaire, puisqu'il n'y avait plus de combats internes et que Taëf fixait à septembre 1992 le retrait des troupes syriennes, qui ne sont parties qu'en 2005. Quand le général Michel Aoun avait proclamé la guerre de libération, il avait retrouvé en face de lui un second gouvernement. Puis les Sukhoï syriens étaient intervenus, les Syriens avaient pris Baabda d'assaut et le président du Conseil avait dû prendre le chemin de l'exil. Opération effectuée avec bénédiction générale, israélienne, française et américaine. Pour récompenser Hafez el-Assad d'avoir pris part à la guerre du Golfe, déclenchée pour déloger Saddam Hussein du Koweït.
La Résistance islamique, autrement dit le Hezbollah, a réussi à libérer le Sud-Liban. Puis à contrer Israël, en juillet 2006. Mais le 7 mai 2008, puis il y a quelques jours, et malgré l'accord de Doha, son armement s'est tourné vers l'intérieur. Replongeant les Libanais dans de graves divisions. Sur ce thème de fond chronique : comment instaurer un véritable État de droit, indépendant, souverain, maître du territoire dans son intégralité et des armes.

