Pékin ambitionne d’édifier cette année 5,8 millions de logements sociaux offerts à la vente. Philippe Lopez/AFP
Le logement est pourtant proposé au tiers du prix du marché. Mme Wang fait partie d'un premier contingent de 1 940 foyers qui se voit offrir ces conditions avantageuses dans la mégalopole de plus de 20 millions d'habitants.
Aujourd'hui divorcée et âgée de 53 ans, la jeune retraitée rêve d'emménager vite, après avoir vécu huit ans entassée dans un 60 m2 avec ses deux parents octogénaires et deux autres membres de sa famille.
« Je suis très stressée ces temps-ci, je me fais beaucoup de cheveux blancs. Je vais devoir mettre là-dedans l'intégralité de mes 70 000 yuans (8 000 euros) d'économies », confie-t-elle à l'extérieur d'un bâtiment en préfabriqué où se négocient des emprunts immobiliers.
Pour Mme Wang et des millions d'autres Chinois privés des fruits de la réussite économique de la Chine, le prix d'achat de l'immobilier subventionné est trop élevé, voire complètement hors d'atteinte, dans un contexte général de flambée des cours du logement.
Le gouvernement a pendant des années négligé ce problème, avant qu'une grogne croissante dans l'opinion publique le pousse à adopter des mesures d'aide pour accéder à la propriété. Des mesures qui d'ailleurs pourraient se révéler bénéfiques pour l'économie.
« Le programme immobilier d'aide sociale est mis en œuvre, il va représenter une garantie importante en cas de ralentissement dans la construction de l'habitat privé », estime Qing Wang, un économiste de chez Morgan Stanley.
Pékin ambitionne d'édifier cette année 5,8 millions de logements sociaux offerts à la vente, en favorisant ainsi les secteurs du bâtiment et de la sidérurgie et en réduisant les risques d'éclatement d'une bulle spéculative fondée sur des emprunts en chaîne, explique-t-il.
Les experts estiment toutefois que les autorités locales ont réalisé seulement 40 % des logements qu'elles s'étaient engagées à construire, préférant céder aux profits faciles en vendant leurs terrains aux promoteurs privés.
Le gouvernement central a donc annoncé en mai que, désormais, l'étendue des logements sociaux serait prise en compte dans la notation annuelle des responsables provinciaux.
Afin de pouvoir se porter candidat à l'accession aidée à la propriété à Shanghai, il faut justifier d'un revenu familial annuel de moins de 27 600 yuans (3 150 euros) et prouver que chaque membre de la famille bénéficie d'un espace au sol inférieur à 15 m2. Pour réduire les risques de fraude et de corruption, la liste des postulants retenus est publiée sur l'Internet.
Passé cette première étape, le plus dur reste à faire : payer le logement promis.
Ainsi, pour Mme Wang, se résoudre à un emprunt immobilier l'obligerait à verser 2 200 yuans par mois (250 euros) pendant 16 ans. Soit 43 % du montant cumulé de sa pension de retraite et de celle de ses parents.
Un sacrifice impossible. « Je ne suis tout simplement pas en mesure de payer les taux d'intérêt », avoue la retraitée, avant de confier qu'elle va tenter de réunir l'argent en empruntant à ses proches.

