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Liban - Social

Chômage des jeunes : entre désespoir et optimisme

Dans un rapport rendu il y a quelques semaines, le Bureau international du travail à Genève s'inquiète du taux record du chômage des jeunes. Le Liban n'est pas épargné.

La fatigue ne se lit pas sur son visage, mais au bout d'un moment, elle avoue que ce n'est pas facile tous les jours. Garder le moral, continuer à envoyer des CV, passer des entretiens... « J'en ai marre, je suis en colère. Mais ce que je ressens au fond de moi, c'est avant tout de la frustration », lâche cette brune de 25 ans. Cela fait maintenant 2 ans que Farah a terminé ses études. Après un bachelor d'études politiques à l'Université américaine de Beyrouth, elle a obtenu un mastère en management international pour le Moyen-Orient et l'Afrique du Nord à Londres. « C'est un diplôme spécifique, avance-t-elle, on est assez peu à être qualifié dans ce domaine. » Pourtant, depuis maintenant deux longues années, elle ne trouve pas un travail qui l'intéresse et qui soit correctement payé. « Ici, pour trouver un travail, il y a deux possibilités : les contacts ou les agences de recrutement. » Elle refuse toujours de faire jouer le carnet d'adresses familial car elle estime qu'avec ses diplômes, elle doit être capable de trouver un emploi. Elle s'est donc inscrite dans l'une de ces agences qui mettent en relation employeurs et chercheurs d'emploi. Depuis le début de l'année, elle n'a reçu que trois propositions : « Je ne veux pas commencer au guichet d'une banque, cela ne m'intéresse pas. On doit pouvoir travailler dans sa branche et gagner correctement sa vie », affirme-t-elle.

Une « génération perdue »
L'exemple de Farah est loin d'être un cas isolé. Il y a des centaines, peut-être des milliers de jeunes, diplômés ou non, à la recherche de leur premier job. Il y a quelques semaines, le Bureau international du travail (BIT) à Genève rendait public un rapport de 89 pages sur le chômage des jeunes au niveau mondial. Et les conclusions sont indéniables : la situation n'a jamais été aussi mauvaise. Le taux de chômage mondial des jeunes entre 15 et 24 ans est passé de 11,9 à 13 % en 2009. Un record historique depuis que ces statistiques existent. « Les chiffres ne sont pas bons. Le taux de chômage global augmente et les jeunes sont les premiers touchés », confie Sarah Elder, économiste au BIT, auteur du rapport. « À cause de la crise financière et économique, les entreprises ont, en premier, écarté les jeunes. Dans le même temps, les embauches de juniors ont chuté. Aujourd'hui, il y a toute une génération qui cherche son premier job », poursuit-elle, jointe au téléphone par L'Orient-Le-Jour.
Avec un taux de chômage des jeunes de 22 % calculé en 2007, contre 9,2 % pour l'ensemble de la population, le Liban doit trouver des solutions. Le risque d'une « génération perdue » que pointe le BIT est à prendre en considération. Le Liban est cependant aidé par ses structures familiales et son économie informelle, qui permettent aux jeunes de pouvoir se débrouiller. « Le Liban est relativement épargné par la crise », ajoute aussi le bureau libanais du BIT. « Cependant, à cause de la crise, les opportunités à l'étranger sont moins importantes et les multinationales installées ici semblent avoir subi des coupes dans leurs budgets. Cela a un effet sur le marché de l'emploi au Liban, mais il est difficilement quantifiable. »

Débuter, oui mais à quel prix ?
Maya Haddad, en charge de l'emploi pour Recruiters, une agence d'embauche, a vu émerger une nouvelle tendance depuis quelques mois : « J'ai maintenant des diplômés qui postulent à des emplois non-qualifiés comme secrétaires ou réceptionnistes. Ce sont des métiers où ils ne peuvent espérer gagner plus de 550-600 dollars par mois. »
Installé dans un bureau cosy, Sabah el-Hajj est le fondateur de l'une des premières agences de recrutement au Liban. Il a monté Management Plus en 1993 parce que ancien chef d'entreprise lui-même, il se souvient avoir eu du mal à engager du personnel qualifié : « Avant 1990 au Liban, on embauchait quasi uniquement dans ses contacts familiaux, confessionnels ou politiques. C'est moins le cas aujourd'hui avec Internet et les agences comme nous », confie le responsable, qui explique avoir ouvert son agence afin d'aider les jeunes. « Quand un jeune arrive, je lui tiens toujours le même discours : accepte ton premier travail même si ce n'est pas le job de tes rêves. Tu apprendras à travailler, tu gagneras en expérience et après tu pourras prétendre à autre chose. Aujourd'hui, certains jeunes veulent gagner de l'argent sans travailler, il faut leur dire que cela n'est pas possible. »

Impossible d'avoir des projets
Une vision que semble partager Sami, un jeune homme en veston-cravate, qui vient passer un entretien d'embauche. Il a terminé ses études voilà trois ans maintenant. Trois ans qu'il cherche un emploi stable. Après une licence de mathématiques, il a enchaîné les petits boulots parce que « il faut bien vivre ». Il travaille actuellement dans un garage automobile, mais ce n'est pas suffisant pour avoir des projets : « Avec mon salaire de 600 dollars par mois, je ne peux pas m'imaginer acheter une voiture ou une maison. Je ne peux même pas me marier. C'est vraiment très compliqué de vivre dans cette situation », explique le jeune homme. Pour l'heure, il vit dans un foyer (« parce que c'est moins cher qu'un appartement »). Beaucoup de ses amis ont quitté le Liban pour trouver du travail dans le Golfe, mais lui se refuse pour le moment à partir.
Roula, elle, habite Beyrouth. « Pour l'instant », précise-t-elle. Tout juste diplômée, la jeune femme de 22 ans ne répond même pas aux annonces pour des emplois au Liban : « C'est compliqué de trouver un salaire correct. Je viens de postuler à Dubaï, là-bas il y a du travail ! » Même si l'émirat a connu une crise financière il y a quelques mois, Roula est certaine qu'elle va y trouver son eldorado. L'optimisme est aussi une qualité de la
jeunesse.
La fatigue ne se lit pas sur son visage, mais au bout d'un moment, elle avoue que ce n'est pas facile tous les jours. Garder le moral, continuer à envoyer des CV, passer des entretiens... « J'en ai marre, je suis en colère. Mais ce que je ressens au fond de moi, c'est avant tout de la frustration », lâche cette brune de 25 ans. Cela fait maintenant 2 ans que Farah a terminé ses études. Après un bachelor d'études politiques à l'Université américaine de Beyrouth, elle a obtenu un mastère en management international pour le Moyen-Orient et l'Afrique du Nord à Londres. « C'est un diplôme spécifique, avance-t-elle, on est assez peu à être qualifié dans ce domaine. » Pourtant, depuis...
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