Tony Blair avoue dans son autobiographie, qui a été publiée hier, un penchant pour la boisson, né du stress engendré par sa rivalité avec Gordon Brown. Photo AFP
L'ancien Premier ministre ne mâche pas ses mots à l'encontre de Brown. « Esprit brillant », « Meilleur chancelier de l'Échiquier qui puisse être pour le pays » et donc indéboulonnable, c'était aussi « un type étrange », « exaspérant », dépourvu « d'intelligence émotionnelle » et « très, très difficile ». Blair qualifie de « désastre » les trois années de son dauphin à la tête du gouvernement et le rend personnellement responsable du fiasco électoral survenu en mai dernier. L'échec a mis fin à treize années de pouvoir travailliste et permis l'élection du conservateur David Cameron à la tête d'une coalition.
La raison ? Brown aurait tourné le dos aux principes fondamentaux qui ont fait du « New Labour » - sous l'impulsion de Blair - une machine à gagner trois élections successives. Le programme économique du candidat Cameron était « meilleur », a commenté hier M. Blair dans une interview à la BBC qui résonne comme un avertissement à ceux des cinq candidats à la direction du Labour qui seraient tentés par « un virage à gauche ».
Avocat de profession, Tony Blair décortique non sans brio ses succès : la modernisation du Labour; sa « lune de miel » avec le pays dont il voulait faire « le phare de l'univers »; son engagement « pour défendre la monarchie contre elle-même » au moment où elle paraissait ne pas partager le chagrin du peuple après la mort de la princesse Diana; la paix en Irlande du Nord. Mais il s'attarde particulièrement sur l'Irak : « Une guerre impopulaire, menée avec un président républicain américain très impopulaire », George Bush, qu'il « aimait et admirait pour son intégrité ». Il regrette les morts du conflit vécu comme « un cauchemar » et qui lui vaut une impopularité durable dans son pays et au-delà, si l'on considère qu'elle lui a coûté la présidence de l'Union européenne en 2009. L'auteur a d'ailleurs cédé les droits de ses Mémoires - à commencer par une avance évaluée à 5,6 millions d'euros - à un centre de réhabilitation des victimes.
« Sur la base de ce nous savions, je reste persuadé que laisser Saddam au pouvoir était un risque plus important pour notre sécurité que de le renverser », en dépit « des conséquences terribles » de l'intervention. « Il n'y avait pas d'alternative », a-t-il ajouté à la BBC, empruntant une formule chère à « la Dame de fer », l'ex-Premier ministre Margaret Thatcher.
Son erreur politique majeure ? L'abolition de la chasse à courre, qui a jeté plus d'un million de manifestants dans les rues du royaume. « Je me suis senti comme un renard traqué », commente Blair non sans humour.
Nombre de médias ont immédiatement critiqué « l'exercice d'autosatisfaction », tandis que les militants antiguerre se mobilisent pour manifester à l'occasion de la première séance de dédicaces prévue le 8 septembre à Londres.


Poutine estime que le conflit en Iran a détourné l'attention de Washington de l'Ukraine