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Économie - Liban - Enquête

Le ramadan, entre gains économiques et perte de productivité

Le mois de ramadan représente-t-il vraiment une aubaine pour le secteur de la restauration ? Les employés pratiquants sont-ils moins productifs que d'habitude ? « L'Orient-Le Jour » s'est penché sur l'impact économique du mois sacré des musulmans.

Les recettes provenant des iftars et autres événements liés au ramadan ont été contrebalancés cette année par le départ des touristes arabes, en pleine saison estivale.


Depuis un certain temps, un calme plat règne sur le pays ; rues désertes, ralentissement des activités en tout genre, qui reprennent toutefois à la tombée de la nuit... Le mois de ramadan, qui implique, comme chaque année, un rythme différent aussi bien dans la vie de tous les jours qu'au sein de plusieurs secteurs professionnels, a incontestablement un impact tangible sur l'économie, en bien comme en mal. Le bilan semble toutefois mitigé cette année ; tandis que le secteur de la restauration - généralement le grand gagnant en cette période - semble ne pas avoir profité pleinement de la manne escomptée, la productivité des entreprises, elle, n'a pas l'air d'avoir souffert de la baisse de régime entraînée par le mois sacré des musulmans, selon les principaux interrogés.
Plusieurs établissements et entreprises se sont en effet adaptés au rythme de ramadan, permettant à leurs employés de moduler leurs horaires ou de se reposer une petite heure l'après-midi, dans le but d'éviter une chute de la productivité. « Le personnel a dialogué avec l'administration, qui s'est montrée bienveillante. Mes collègues musulmans, qui se rendent à la prière ou qui doivent quitter plus tôt leur lieu de travail pour rejoindre leurs familles afin de rompre le jeûne, sont en mesure de le faire, à condition que leurs heures de travail restent les mêmes - mais aménagées en conséquent », a confié l'employée d'une librairie, qui, par ailleurs, n'a pas jugé que les employés étaient moins productifs que d'habitude. « C'est peut-être dû à la réorganisation de leurs horaires », a-t-elle estimé. Même son de cloche du côté des banques, qui, interrogées par L'Orient-Le Jour, ont toutes mis en avant l'impact positif de la flexibilité au niveau des horaires sur le rendement et la motivation des employés musulmans.
Méthode intelligente pour limiter les pertes de productivité occasionnées par le jeûne ou compassion ? Il semblerait que l'approche soit motivée par les deux. Un biologiste, employé dans un hôpital musulman, qui n'a pas caché que le jeûne avait des retombées sur les conditions physiques du personnel, a expliqué que son établissement organisait quotidiennement des « iftars » pour les employés de garde, par conviction comme par intérêt.
En parallèle, beaucoup de compagnies spécialisées dans l'événementiel, secteur qui tourne habituellement au ralenti pendant le ramadan, ont organisé leurs événements en fonction de cette période. « Nous n'organisons rien, de toute façon, entre juillet et octobre », a affirmé le PDG d'International Fairs & Promotions (IFP), Albert Aoun. « Mais dès l'an prochain, nous prendrons en compte le » recul « du calendrier et décalerons les dates des expositions à venir, afin qu'elles ne coïncident pas avec le ramadan », a-t-il ajouté. Josette Hikri, d'Hospitality Services, a souligné pour sa part que cette période n'avait pas eu d'influence cette année sur l'entreprise, du moins au Liban : « Nous prenons d'habitude nos congés en août. Cela étant, il est vrai que nous avons suspendu nos activités en Jordanie jusqu'à ce que le ramadan se termine », a-t-elle noté.

Les restaurants accablés par le départ des ressortissants arabes
Mais si les entreprises et les établissements ont trouvé la parade pour amortir les pertes, qu'en est-il du secteur de la restauration, habituellement principal bénéficiaire du ramadan ?
La surprise est de taille. L'écrasante majorité des restaurateurs interrogés n'a, au mieux, pas ressenti de changement ou, au pire, a constaté un recul de ses gains. « En fonction de la région, certaines de nos branches ont enregistré une légère baisse de leurs recettes, comme à Zahlé, alors que d'autres ont vu leur fréquentation augmenter, à Antélias ou Amchit (qui n'est pas loin de Tripoli). En tout et pour tout, je dirais que rien n'a vraiment changé », a indiqué Élie Mhanna, l'un des propriétaires de la chaîne de restaurants libanais du même nom. Même cas de figure pour la cantine populaire Le Chef, à Gemmayzé, ou les cafés à Aley, dont un certain nombre a fermé pour le ramadan, essentiellement en raison de la désertion de leur clientèle du Golfe. Même la chaîne de cafés à l'orientale, « Grand Café », n'a pas été épargnée par ce marasme. « Les deux premières semaines de ramadan, les gens restent généralement chez eux pour se retrouver et rompre ensemble le jeûne. Au cours de cette période, nos cafés sont restés déserts durant la journée et peu remplis la nuit, les clients ne venant souvent que pour fumer le narguilé », a indiqué un responsable de ce café, pourtant très prisé du public.
Face à cette baisse de régime, les restaurants ont sorti le grand jeu et se sont affrontés à coups de « one man shows », de spectacles musicaux et de formules tout compris (20 à 30 dollars en moyenne) pour attirer le client...
Mais au bout du compte, le mois de ramadan a-t-il réellement profité à un secteur en particulier ou à l'économie en général ? Rien n'est moins sûr, d'autant plus que certains commerçants, profitant de la conjoncture et de la hausse de la demande généralement observée durant ce mois, ont gonflé leur prix, alimentant l'inflation déjà rampante.
Depuis un certain temps, un calme plat règne sur le pays ; rues désertes, ralentissement des activités en tout genre, qui reprennent toutefois à la tombée de la nuit... Le mois de ramadan, qui implique, comme chaque année, un rythme différent aussi bien dans la vie de tous les jours qu'au sein de plusieurs secteurs professionnels, a incontestablement un impact tangible sur l'économie, en bien comme en mal. Le bilan semble toutefois mitigé cette année ; tandis que le secteur de la restauration - généralement le grand gagnant en cette période - semble ne pas avoir profité pleinement de la manne escomptée, la productivité des entreprises, elle, n'a pas l'air d'avoir souffert de la baisse de régime entraînée par...
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