En effet, presque tout ce qui avait été convenu antérieurement à l'unanimité est resté lettre morte. On songe au démantèlement des bases palestiniennes hors camps, à la régulation de l'armement dans les camps au tracé des frontières, aux détenus libanais dans les geôles syriennes. Mais aussi au feu vert initial pour la création de ce Tribunal spécial pour le Liban que certains veulent maintenant abolir. Un sujet qui gomme par son acidité la tension engendrée naguère par la polémique sur l'armement milicien. D'autant qu'au fil des mois, les souverainistes ont cessé d'exiger le désarmement pur et simple du Hezbollah, pour admettre qu'il peut garder son arsenal, à la condition de le placer sous la supervision de l'État, via l'armée. En fait, ce n'est plus d'un plan de défense face à Israël qu'il faut débattre, mais d'une stratégie pour prévenir une discorde interne fatale, provoquée par l'acte d'accusation du TSL.
Le pire, c'est que le soi-disant gouvernement d'union nationale ne s'occupe pas de la misère des gens, de leurs besoins, de leurs problèmes pressants. Lors de sa formation, sayyed Hassan Nasrallah avait appelé le cabinet à laisser de côté les différends politiques pour se consacrer au dossier socio-économique. Il n'en a rien été, les conflits sur l'armement du Hezbollah ou sur le TSL continuant à occuper, et à boucher, tout le paysage public.
L'acte d'accusation
Dangereusement, surtout pour ce qui est du clivage au sujet de l'acte d'accusation, qui menace plus, pour le moment, la paix civile et la sécurité que le danger d'une agression extérieure. Le comité de dialogue avait approuvé à l'unanimité la création du TSL. Il faut aujourd'hui accorder les violons sur le rôle précis de cette instance. Sur les mesures que le Liban en attend pour arrêter la vérité sur l'assassinat du président Rafic Hariri, la mort de ses quarante compagnons de destin, et la série sanglante de meurtres ou d'attentats qui a suivi pendant trois ans. Le rassemblement des Libanais, préventif et moral, doit s'opérer autour d'une règle de simple logique : mettre sous le coude, au placard, le débat sur le TSL. Et attendre, pour le reprendre, de prendre dûment connaissance de l'acte d'accusation, après sa parution. En cessant de s'empoigner et de se colleter à partir de rumeurs distillées dans les médias, d'hypothèses bâties en l'air et de rumeurs.
En n'oubliant pas que le tribunal peut lui-même rejeter l'acte d'accusation s'il lui semble ne pas apporter de preuves solides, ou un faisceau convaincant de fortes présomptions étayées par des indices concrets qui se recoupent, ainsi que par la concordance des témoignages. Une précision : ce n'est pas forcément d'entrée de jeu que le tribunal peut soupeser la valeur des conclusions du parquet. Mais à n'importe quel moment, les juges sont en droit d'exiger sinon une reprise de l'enquête à zéro, du moins un, ou plusieurs compléments d'information.
Ce qui signifie que, même lors de la publication de l'acte d'accusation, il resterait faux d'y réagir comme s'il s'agissait d'un verdict définitif. Du reste, la teneur de ce document, et quoique le TSL puisse en penser, pourrait éventuellement être rejetée par tous les Libanais. Mais, au stade présent, et avant qu'il ait même siégé, il est gratuitement diffamatoire de soutenir que le TSL est israélien. Nul ne peut abolir une instance judiciaire mise en place par le Conseil de sécurité de l'ONU, dont l'autorité et la loi priment toutes les autres. Et, ensuite, si jamais la Cour internationale prenait en compte les indices du Hezbollah privilégiant la piste sioniste, comment ceux qui la taxent aujourd'hui d'israélienne pourraient-ils se voiler la face ?
Retour au comité de dialogue. Pas plus que le gouvernement, il n'a qualité pour traiter de l'existence du TSL. S'il peut aborder ce sujet, c'est uniquement pour demander le gel de la polémique interne qu'il suscite, en attendant la promulgation de l'acte d'accusation Bellemare. Les dirigeants et les pôles de ce pays ne doivent avoir qu'un souci en tête : la préservation de la stabilité, menacée par les disputes. Dans cette logique, si le tohu-bohu des déclarations incendiaires devait se poursuivre, cela pourrait signifier que l'on cherche à faire imploser le gouvernement, pour livrer le Liban politique au vide et à l'inconnu.
Le président Hariri y pare par l'attachement au calme, à la détente, à la raison.
Pour ce qui est de la stratégie de défense, Adaïssé a donné du positif. Car, rendant la politesse à une majorité qui ne cesse de réclamer son désarmement, le Hezbollah a annoncé, après cet incident, que la Résistance se met à la disposition de l'armée.

