Les gens se demandent dès lors, avec inquiétude, où en est l'État. Seul, en effet, il peut, avec le concours actif de son armée et de ses FSI, veiller à immuniser la stabilité interne. En étouffant dans l'œuf les germes de la rupture fatale qu'induit le tohu-bohu polémique autour de l'acte d'accusation. Si la tension est aussi élevée aujourd'hui autour de ce sujet, qu'adviendrait-il une fois que les conclusions du procureur Bellemare seraient publiées ? Répétons-le, les gens se demandent quel sens peuvent avoir l'État et ses bras séculiers s'ils ne parviennent pas à prévenir le danger létal qui menace le pays ? Pourquoi dépenser des sommes folles en armement et en équipement de la troupe, si elle ne protége pas les citoyens et leur en laisse le soin.
Dans le temps, on ne s'en souvient que trop, l'État et ses forces se sont montrés incapables d'empêcher les affrontements entre Libanais et Palestiniens, puis les combats entre Libanais. Par là même, l'État avait disparu de la scène, pour céder la place aux mini-États des milices. Tandis que l'armée elle-même se divisait, suivant les régions et les confessions. Reflétant ainsi la perte de l'unité du peuple, dont elle procède. Il avait fallu recourir à une force arabe de pacification, vite devenue exclusivement syrienne. Bien plus récemment, le 7 mai 2008, les forces étatiques se sont montrées incapables d'empêcher les agressions et les heurts à caractère confessionnel. Pour une raison de base : en cas d'intervention, les unités de l'armée ou des FSI auraient pu se retourner elles-mêmes les unes contre les autres, toujours au titre des clivages confessionnels. De plus, elles étaient manifestement surclassées par la milice du Hezbollah, une guérilla mieux adaptée au terrain urbain. Elles se sont donc contentées d'un rôle d'interposition dans les quartiers et les rues sensibles, sur les lignes de démarcation.
Perspectives
La question brutale qui se pose sans relâche reste donc de savoir si l'État, par ses moyens politiques et surtout sécuritaires, est en mesure d'empêcher l'incendie de se déclarer, de faire en sorte que chaque communauté, et chaque parti, ne soit pas de nouveau obligé d'assumer une autosécurité. Si l'armement des forces publiques est censé les rendre aptes à défendre l'unité de la patrie, dans les faits, est-il suffisant pour protéger chaque citoyen, afin que tous acceptent de le financer, en supportant éventuellement de nouveaux impôts ?
La discorde n'éclate que lorsque plusieurs parties sont en présence. Une fois qu'elle survient, il devient pratiquement impossible de compter sur les forces publiques pour y mettre un terme, du moment qu'elles restent elles-mêmes confessionnellement et politiquement disparates, dans leur composition. Cela étant, il leur serait vraisemblablement plus facile de protéger une partie non armée, quand elles n'auraient à faire face qu'à un seul agresseur armé. À condition, bien entendu, qu'elles obéissent aux ordres de l'autorité politique légale.
En pratique, tout dépend du Hezbollah. Seule fraction armée, il affirme s'en tenir à l'engagement pris à Doha de ne pas utiliser son potentiel à l'intérieur. Pour le moment, mais plus tard ? En tout cas, le vice-président du comité exécutif des FL, le député George Adwan, après avoir relevé que pour se disputer, il faut être au moins deux, assure que « pour notre part, et quoi qu'il arrive, nous ne recourrons ni à la violence ni à la rue ». Et d'ajouter : « La partie qui le ferait aurait affaire avec l'État, pas avec nous. Celui qui a un problème avec le TSL doit attendre la publication de l'acte d'accusation. À ce moment, il étudierait les faits, les indices et les preuves, pour exposer ensuite ses contre-preuves et ses contre-témoins. Il faut traiter avec calme ces sujets sensibles qui menacent notre stabilité, par pitié pour les gens et pour le pays. »
Et pour, cela va sans dire, préserver une unité nationale qui est le principal bouclier face aux visées d'Israël. Un État dont la politique a toujours été d'attiser la division dans ce Liban qui constitue le désaveu le plus éclatant, par la coexistence, de sa formule raciale. C'est bien pourquoi les forces armées nationales, en position inférieure face à la puissance de feu de l'ennemi, doivent bien veiller à notre ordre public, premier élément de la cohésion nationale. Elles doivent savoir réprimer, ou mieux encore, prévenir des troubles intérieurs.

