C'est plutôt côté hommes que le septième art a beaucoup souffert. D'ailleurs, c'est ce volet qu'on ouvre pour l'instant.
Après la première vague de disparitions assez déferlante quand même, puisqu'il s'agissait des grands seigneurs du cinéma français, comme Jean Gabin, Lino Ventura ou encore Bernard Blier, la relève était néanmoins assurée et la vieille garde pouvait sommeiller tranquillement. Alain Delon et Jean-Paul Belmondo, d'une part, Philippe Noiret, Jean Rochefort, Jean-Pierre Marielle ou Michel Serrault, Jean Carmet et Jean Poiret, de l'autre, devenaient comme des guides spirituels d'un certain esprit français. Ce sont eux qui allaient passer plus tard le relais à deux talentueux comédiens comme Gérard Depardieu ou Patrick Dewaere, alors qu'un certain Daniel Auteuil pointait du nez, montrant qu'il pouvait jouer dans plus d'un registre à part la comédie. Mais voilà que les amputations commençaient à se faire sans distinction d'âge. Tant Louis de Funès, Bourvil, Serrault, Villeret ou Noiret que Dewaere, laissant Depardieu un peu déboussolé, ou encore récemment Giraudeau, Depardieu fils ou Bruno Crémer, tout ce beau monde tire sa révérence en ne laissant pas de remplaçants.
Certes, le cinéma n'est pas un seul corps homogène et les comédiens ne sont que des pièces hybrides sur ce grand échiquier, mais pour assurer les remparts à l'adversité d'autres cinémas, il faut que ces pièces soient connectées l'une à l'autre. C'est cette connexion qu'on ressentait très fort dans le passé et qui est devenue quasi inexistante. Dans cette interaction entre les genres, dans ce va-et-vient entre la comédie ou le drame que seuls les acteurs étaient capables d'effectuer. Aujourd'hui, le potentiel humain est présent et même grand. Mais qui peut connecter Romain Duris à Louis Garrel ? Kad Merad remplace-t-il vraiment Louis de Funès ? Daniel Auteuil qui s'est transposé derrière la caméra ne semble plus intéressé de porter le flambeau, Gérard Lanvin ne rentre pas dans le star system ; Jean Pierre Bacri non plus et Richard Anconina, si prometteur dans le passé, se disperse.
Le cinéma français ne se porte pas mal, il est simplement désarticulé.
* The French Connection, film réalisé par William Friedkin, sorti en 1971.

