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Liban - Le Commentaire

La France en vedette sur le plan diplomatique régional

Le renard passe, passe, à chacun à son tour... Le Turc tournant le dos à Israël résigne son rôle de médiateur entre Israéliens et Syriens, cédant la place au Français. Le président Nicolas Sarkozy s'est donc empressé de désigner, en la personne de Jean-Claude Cousseran, un go-between entre voisins ennemis, pour une reprise des pourparlers sur le Golan. Ainsi, quand la Turquie, bloquée dans sa campagne d'intégration à l'Europe, se tourne vers l'Orient, la France lui emboîte le pas. Et même la devance, puisqu'elle a l'avantage de parler avec toutes les parties, et d'en être admise comme intermédiaire. Elle rentre donc au Moyen-Orient, forte d'un statut de représentant de l'Europe que nul ne lui conteste. Et les Américains, centrés sur le nucleus du problème régional, le conflit palestino-israélien, lui cèdent volontiers le volet syro-israélien. Pour trois raisons distinctes mais complémentaires. D'abord parce qu'ils ne sont au mieux ni avec les Syriens ni, pour le moment, avec les Israéliens. Ensuite, parce qu'en tant que superpuissance, ils ne peuvent pas se contenter d'un rôle de monsieur-bons-offices, et de boîte à lettres. Enfin, et surtout, parce qu'en définitive ils sont appelés à arbitrer les pourparlers, comme d'ailleurs la Syrie est la première à le réclamer, vu qu'eux seuls peuvent faire plier Tel-Aviv.
Toujours est-il qu'en marge de ces bruits de bottes dans la région, généralement considérés comme une illusion des sens, ou comme intox, il semble que le processus de paix doive reprendre en premier lieu du côté syro-israélien. Un dossier évidemment plus facile que le casse-tête complexe, touffu, du conflit sur l'État palestinien potentiel, sur les colonisations, sur Gaza, sur les territoires sous contrôle exponentiel israélien en Cisjordanie, sur le statut et la judaïsation de Jérusalem.Tandis qu'en ce qui concerne le Golan, on était à deux doigts d'une solution, sous Hafez el-Assad, juste avant que Rabin ne soit assassiné. Il ne restait plus à régler que la question de la souveraineté sur la rive orientale du lac de Tibériade. On notera en outre que l'approche du Golan est même plus abordable que le quiz sur les lopins de chez nous encore occupés par Israël, car la libanité de Ghajar, de Kfarchouba et surtout de Chebaa n'est pas encore homologuée.

Carnet de bal
Mais une importante question d'agenda se pose. Voudra-t-on, pour respecter et conforter la globalité de la paix régionale à venir, démarrer en même temps les trois volets à traiter ? Cela semble théoriquement souhaitable. Mais pratiquement cela entraînerait des risques évidents de complications pouvant mener à l'impasse, peut-être même à l'explosion. Car il y aurait une association, un tissage de conditions et de contre-conditions de part et d'autre. Ce qui peut se résumer dans la ritournelle enfantine : touche pas à mon pote, si tu ne lui lâches pas les baskets, si tu ne lui donnes pas ce qu'il demande, je ne te donnerai pas ce que tu veux. Par exemple, Israël ne rendra pas le Golan s'il n'obtient pas que l'État palestinien en puissance reste démilitarisé et sans politique étrangère bien autonome, tout à fait handicapé côté souveraineté. Ou, inversement, bien que l'on ait des raisons d'en douter, la Syrie n'accepterait pas de conclure tant que les Palestiniens n'auraient pas obtenu leurs droits, et que le Liban n'ait récupéré Chebaa. En tout cas, elle verrait dans l'amalgame une carte de pression pour améliorer ses positions. Et le problème, c'est que cela serait pareil pour tout le monde, avec donc blocage au bout du chemin, pour confusion des sentiments, comme dirait Zweig.
Partant de là, il n'est pas étonnant d'apprendre, de sources concordantes, que le meneur de jeu américain est pour sa part favorable qu'on avance, et qu'on aboutisse, sur n'importe lequel des trois volets, sans concomitance. Il a besoin de progrès visibles dans le proche avenir, pour couper court à une escalade multilatérale pouvant provoquer la guerre. Et il se trouve soutenu, dans cette orientation, par les Arabes modérés et par la Syrie, attachée à une paix juste, ainsi que par l'Europe, la Russie, la Turquie et d'autres.

Les révélations d'Erdogan
Mais une question se pose : est-ce que la Syrie signerait la paix avec Israël sans l'assentiment de l'Iran, son allié organique? Est-ce qu'elle accepterait cette condition sine qua non, israélienne mais aussi américaine, de rompre avec le Hamas et avec le Hezbollah ? Peut-elle renoncer à sa ligne de protestation qui consiste, depuis le Camp David israélo-égyptien ou l'Oslo israélo-palestinien, à récuser les accords séparés et à n'admettre qu'une paix globale? Le président Hafez el-Assad avait rompu ses relations avec Le Caire après Camp David. Il avait rejeté l'accord du 17 Mai entre Beyrouth et Tel-Aviv, parce qu'il était séparé, mais aussi parce que l'État hébreu y liait son retrait du Liban à celui des Syriens. Ce qui faisait paraître Assad comme occupant, au même titre qu'un Sharon, alors que, comme l'encensaient les cadres libanais encore à sa botte, sa présence était « nécessaire, légitime et provisoire ».
Cependant, la Syrie a toujours insisté sur sa volonté de paix. Erdogan le Turc témoigne que lors des pourparlers indirects « le président Bachar el-Assad a toujours adopté, depuis le début, une attitude extrêmement ouverte, dans les échanges avec Israël. Nous avons été proches d'un accord entre les deux parties, et elles vont sans doute prendre langue entre elles, pour parvenir à un résultat positif ». Erdogan ajoute, et l'on voit bien où il en est maintenant avec Israël : « Au moment où nous nous séparions, Olmert, le Premier ministre israélien, m'a promis de revenir une fois qu'il aurait consulté ses pairs. Puis, comme j'attendais sa réponse, les bombes se sont mises à pleuvoir sur Gaza. »
Aujourd'hui, avec Netanyahu, c'est pire. Il refuse que les pourparlers avec la Syrie reprennent à partir du point atteint sous Rabin, ou même sous Olmert. C'est-à-dire qu'il rejette l'idée d'un retrait israélien derrière la ligne frontalière du 4 juin 1967, au Golan.
Le renard passe, passe, à chacun à son tour... Le Turc tournant le dos à Israël résigne son rôle de médiateur entre Israéliens et Syriens, cédant la place au Français. Le président Nicolas Sarkozy s'est donc empressé de désigner, en la personne de Jean-Claude Cousseran, un go-between entre voisins ennemis, pour une reprise des pourparlers sur le Golan. Ainsi, quand la Turquie, bloquée dans sa campagne d'intégration à l'Europe, se tourne vers l'Orient, la France lui emboîte le pas. Et même la devance, puisqu'elle a l'avantage de parler avec toutes les parties, et d'en être admise comme intermédiaire. Elle rentre donc au Moyen-Orient, forte d'un statut de représentant de l'Europe que nul ne lui...
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