« Rien n’est fait de là où provient le vrai danger », a déploré hier Hamid Karzaï. Ahmad Masood/Reuters
Du côté des États-Unis, le vice-président américain, Joe Biden, a déclaré que les liens entre le renseignement pakistanais et les talibans ont été un « problème dans le passé ». 92 000 documents confidentiels du Pentagone divulgués, dimanche, par le site Internet Wikileaks et couvrant une période allant de 2004 à 2009 ont mis en évidence une collaboration entre des éléments de l'ISI, l'agence de renseignement pakistanaise, et les talibans afghans. « C'est un problème dont nous nous occupons, et c'est en train de changer », a assuré M. Biden à la chaîne NBC. Il a également assuré « qu'il n'y a pas d'argent (américain) détourné des projets de travaux publics et économiques nécessaires pour soutenir une démocratie au Pakistan » au profit des « méchants qui existent au Pakistan ». Dans ce pays comme en Afghanistan, « nous sommes en train d'infliger des dégâts importants à el-Qaëda (...). Nous faisons des progrès. Mais en vérité, il y a encore du travail », a reconnu le vice-président américain. M. Biden a encore rappelé que « nous sommes en Afghanistan pour une seule raison, el-Qaëda. La menace contre les États-Unis. El-Qaëda existe dans ces montagnes entre l'Afghanistan et le Pakistan ». Les troupes américaines vont entamer cet automne leur 10e année de présence en Afghanistan. « Nous ne sommes pas là-bas pour construire un pays », a-t-il argumenté.
Concernant la divulgation d'informations par le site Wikileaks, M. Karzaï a fermement condamné la publication de noms d'informateurs afghans aidant les forces internationales à combattre les rebelles. « C'est évidemment extrêmement irresponsable et choquant, car ces gens agissent légitimement ou non en fournissant des informations aux forces de l'OTAN, ce sont des vies. Et ces vies sont maintenant en danger. C'est un acte extrêmement irresponsable que je ne peux ignorer », a-t-il dénoncé. Le Pentagone avait déjà vertement critiqué la publication de ces archives secrètes sur la guerre en Afghanistan, estimant lui aussi qu'elles mettent en danger la vie d'informateurs afghans et menacent de saper le travail de renseignement. Le président américain Barack Obama s'est quant à lui dit « inquiet » d'une telle fuite, susceptible de « menacer des personnes ou des opérations » sur le terrain.
Le fondateur du site, Julian Assange, s'est défendu en affirmant que les documents avaient été relus, à la recherche d'éventuels noms d'informateurs, et que nombre d'entre eux qui en contiennent n'avaient pas été publiés. Dans une interview publiée hier dans le Times, il accuse la Maison-Blanche de n'avoir pas répondu à sa demande d'aide pour éviter que cette publication ne mette en danger des informateurs. Tout document qui « mettrait clairement en danger des gens innocents » pourrait rejoindre les 15 000 documents que le site a décidé de ne pas publier, a affirmé le fondateur de Wikileaks. « Si nous avons fait une erreur, nous allons réexaminer nos procédures et réagir », a-t-il assuré.

