Concédera-t-on au président Sleiman qu'il ne faut absolument pas laisser Israël provoquer, par une agression délibérée, une division interne suicidaire, mais le contrer en rangs unis ?
Parallèlement, admettra-t-on que la discussion sur la stratégie de défense, en comité de dialogue, entraîne ipso facto le traitement de la question de l'armement du Hezbollah et, du même coup, du droit de décider de la guerre et de la paix ?
Pour ce qui est du TSL, un ancien dirigeant pense que le Hezbollah n'a nulle intention de susciter des troubles après la publication de l'acte d'accusation, quelles que puissent en être la teneur et les assertions, fondées ou pas. Cela pour les raisons suivantes :
- Toute tentative du Hezb de blanchir des éléments qui seraient judiciairement mis en cause provoquerait à son encontre des réactions meurtries d'ordre confessionnel. On le sait, ce sujet ultrasensible reste à la limite du supportable pour la communauté concernée, comme d'ailleurs pour l'écrasante majorité des Libanais. Le Hezb serait vu comme étant impardonnablement hostile à la mise en lumière de la vérité sur l'assassinat du président Rafic Hariri et de ses compagnons, comme sur la kyrielle d'attentats et d'assassinats qui ont suivi cet abominable forfait. De plus, on reprocherait au Hezbollah de prendre position, d'être de parti pris, en fonction de l'acte d'accusation sans attendre que le verdict ne soit rendu. Enfin, en ouvrant la voie à la discorde interne, le Hezbollah ne ferait que rendre service à Israël.
- Tous les partis se sont engagés à respecter scrupuleusement les dispositions de l'accord de Doha. Il y a donc eu élection d'un chef de l'État consensuel et formation d'un cabinet d'union nationale. Mais il y a également dans le traité une double promesse de fond : plus jamais de démission de ministres, comme sous Siniora ; et plus aucune entrave délibérée à l'action du gouvernement. Partant de là, ce retrait éventuel des ministres du Hezbollah, du mouvement Amal et du CPL dont on entend parler actuellement signifierait que ces formations ont trahi le pacte de Doha, ainsi que la parole donnée, et qu'elles devraient en assumer la responsabilité aux yeux des Libanais.
- L'article le plus important, sans aucun doute, de la convention de Doha reste que tous les groupements concernés jurent de ne recourir ni aux provocations de rue, ni aux actes de violence, ni aux armes. De ne plus permettre un 7 mai bis allumant une discorde dévastatrice, avec un armement tourné vers l'intérieur plutôt que contre Israël. L'on ne peut donc pas accepter que la menace de l'armement soit brandie au sujet de l'acte d'accusation du TSL.
- Dans le même esprit, l'accord de Doha prescrit « la relance d'un dialogue sur les moyens à mettre en œuvre pour renforcer l'autorité de l'État sur l'ensemble du territoire, en structurant ses rapports avec les formations de la scène libanaise sur base de la consolidation de la sûreté publique et de la sécurité des citoyens ». Le texte précise, avec insistance, qu'il est formellement interdit de « recourir aux armes et à la violence pour trancher un conflit, quelles que puissent être les circonstances l'entourant. Les parties veilleront jalousement à préserver le concordat de partenariat national fondé sur la volonté de coexistence des Libanais dans un cadre démocratique ».
On relève ensuite ce rêve, ce vœu pieux qui reste si piteusement lettre morte : « L'État détiendra en toute exclusivité l'autorité sécuritaire et militaire pouvant s'exercer sur les Libanais comme sur les résidents, afin de garantir la formule de coexistence et de protéger la paix civile, à l'ombre du règne de la loi, dans le respect de la souveraineté de l'État sur toutes les régions. Car il ne doit plus y avoir des antres inaccessibles où se réfugient les repris de justice ou les hors-la-loi. Chaque coupable de crimes ou d'atteintes à la loi doit être déféré en justice. »
Sautant du coq à l'âne, le document conclut en pressant « les pôles du domaine public libanais de cesser de se lancer à la tête des accusations de trahison, ou de tisser des provocations d'ordre politique ou confessionnel ».
Quoi qu'il en soit, l'ancien responsable cité répète qu'à son avis, le Hezbollah ne voudra pas réagir trop abruptement à l'acte d'accusation du TSL. Pour ne pas provoquer une grave discorde interne qu'Israël pourrait exploiter pour une nouvelle agression contre le Liban.

