Des projets sérieux, mais nécessitant un consensus national, car existentiels, sont jetés dans l'arène sans aucune préparation. Ces projets paraissent comme ayant pour but d'essayer d'améliorer les atouts de leurs porteurs d'une manière stratégique et durable.
Trois projets louables ont été lancés :
- Pour des raisons évidentes, le projet de récupération de la nationalité pour les émigrés a été mis sur le tapis pour donner leurs droits aux émigrés, mais qui a pour but à peine voilé d'augmenter le nombre de l'une des communautés.
- Alors a été lancé un projet de « déconfessionnalisation politique ». Mais si ce projet ne tend pas à déboucher sur la laïcité (car je ne comprends pas ce que veut dire la déconfessionnalisation politique), qui est le but ultime auquel il est nécessaire de converger, il donnera à terme le pouvoir à la communauté qui compte le plus grand nombre au Liban et deviendra un projet de tension et de discorde.
- Tout d'un coup, un autre projet surgit, qui a pour objectif d'octroyer des droits aux Palestiniens. Il tendait au départ à octroyer les droits civiques aux 500 000 Palestiniens, mais devant la résistance contre ce terme de « droits civiques », l'on se dirige vers la dénomination « droits sociaux et humains ». Il y en a même qui vont plus loin dans leur projet et proposent de donner le droit de propriété aux réfugiés. Cette dernière proposition est comme une invitation à déjeuner sans avoir rien préparé, car au prix actuel de l'immobilier, je ne vois pas les réfugiés « se caser » sauf s'ils reçoivent un sérieux coup de main de « sponsors ». Si ce projet est confiné à son rôle social et humain et s'il est financé par les Nations unies - car le Liban ne peut faire face seul, avec ses moyens actuels, à ces dépenses alors que les Libanais eux-mêmes ne reçoivent pas suffisamment des prestations sociales - il s'agit là d'un projet tout à fait nécessaire. Cependant, si ce projet est poussé par des « sponsors » pour un but de naturalisation, il serait encore plus dangereux car il créera, d'un côté, un déséquilibre fondamental entre les composantes du pays, en l'absence d'un pouvoir laïc et, d'un autre côté, il fera le jeu d'Israël, qui ne pourra survivre qu'en éloignant les Palestiniens de leur terre ancestrale au détriment du Liban.
Les trois projets ont des objectifs que tout le monde approuve, mais ils ont aussi une face cachée qu'il est nécessaire d'éclairer pour que la confiance revienne chez les concitoyens. Trois projets qui sont comme une épée de Damoclès, dont le tranchant risque de tailler dans le tas au cas où ils seraient détournés de leur objectif principal déclaré.
Que choisiront les porteurs de ces projets ? Anesthésier les citoyens pour faire passer leurs souhaits cachés ou engager un vrai débat ? Il en va de l'avenir du Liban.

