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Moyen Orient et Monde - Yémen

Moubarak, un esclave yéménite qui rêve d’être « comme les autres êtres humains »

Officiellement aboli depuis des décennies, l'esclavage ferait toujours des centaines de victimes dans « l'Arabie heureuse ».

Aslam, une ville isolée du nord-ouest du Yémen et bastion de l’esclavagisme. Photo AFP

De sa petite hutte en paille, non loin de la maison de son maître, Moubarak dit rêver de vivre « normalement » et rompre avec sa vie d'esclave à Aslam, ville isolée du nord-ouest du Yémen, où vivraient 300 de ses semblables, selon des habitants. « Je rêve de vivre comme les autres êtres humains », déclare sans conviction Moubarak qui, à 21 ans, résume sa vie « au travail de la terre et à la garde des moutons, sans avoir jamais mis les pieds hors d'Aslam ».
Aslam, dans la province montagneuse de Hajja, à 120 km au nord-ouest de Sanaa, est une cité difficile d'accès. Certains de ses quelque 50 000 habitants, en majorité analphabètes et pauvres, continuent à marginaliser ceux présentés comme des « esclaves » ou « serviteurs », confinés dans des huttes autour des demeures de leurs maîtres. Officiellement aboli au Yémen depuis des décennies, l'esclavage ferait toujours « des centaines » de victimes.
Moubarak dit ainsi avoir été « hérité », avec ses sept frères et sœurs : le père de son maître, cheikh Mohammad Badaoui, avait « acheté » les parents de Moubarak il y a une cinquantaine d'années, peu avant l'annonce officielle en 1962 de l'abolition de l'esclavage au Yémen. Père de deux enfants qu'il a eus avec une ex-esclave, il s'inquiète pour l'avenir. « Je m'inquiète parfois de ce qu'il adviendra de mes enfants, nés d'un père esclave et d'une mère affranchie », explique-t-il, ajoutant qu'il « pense à (son) affranchissement. Mais pour aller où ? »
Esclave pendant un demi-siècle avant d'être affranchi par son maître il y a cinq ans, Achram vit précisément cette situation. « Ma joie n'a pas trop duré car le soir même de l'annonce de mon affranchissement, je n'ai pas su où aller ni comment me nourrir », avance cet homme, qui vit toujours à Aslam, « esclave du village ». « Tous les jours, je puise de l'eau et je la transporte chez des habitants pour pouvoir survivre et ne pas mourir de faim », note-t-il, désemparé.
La persistance de pratiques esclavagistes au Yémen a éclaté en 2008 lorsqu'un juge a été sanctionné pour avoir entériné la vente d'un esclave, Qanaf, par son maître à un autre dignitaire de la province de Hajjah, qui, selon le juge, voulait l'affranchir. « L'objectif était de libérer Qanaf, l'acheteur ayant l'intention de l'affranchir », a récemment affirmé le juge Hedi Hassan Abou Assaj au journal indépendant en ligne almasdaronline.com, qui fait campagne contre l'esclavagisme au Yémen. « J'ai été affranchi il y a deux ans par cheikh Abderrahman ben Ahmed Souheil qui m'a acheté pour se repentir d'avoir tué une personne dans un accident de la circulation », a lui-même expliqué Qanaf au journal, dont les révélations ont contribué au lancement, début juillet, par une ONG locale d'une campagne de lutte contre l'esclavage.

Jamal AL-JABIRI (AFP)
De sa petite hutte en paille, non loin de la maison de son maître, Moubarak dit rêver de vivre « normalement » et rompre avec sa vie d'esclave à Aslam, ville isolée du nord-ouest du Yémen, où vivraient 300 de ses semblables, selon des habitants. « Je rêve de vivre comme les autres êtres humains », déclare sans conviction Moubarak qui, à 21 ans, résume sa vie « au travail de la terre et à la garde des moutons, sans avoir jamais mis les pieds hors d'Aslam ».Aslam, dans la province montagneuse de Hajja, à 120 km au nord-ouest de Sanaa, est une cité difficile d'accès. Certains de ses quelque 50 000 habitants, en majorité analphabètes et pauvres, continuent...
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