Dans ses directives de 2006, l'OMS recommandait de traiter les malades quand leur compte de cellules CD4, qui définissent le niveau immunitaire, était descendu à 200 par mm3 de sang, alors que le taux normal se situe entre 1 000 et 1 500.
« Tous les adultes et les adolescents, y compris les femmes enceintes séropositives, présentant un niveau de CD4 de 350 cellules par mm3, doivent entamer un traitement antirétroviral, qu'il y ait ou non des symptômes cliniques », indique l'OMS, dans un texte de 156 pages, développant une recommandation faite en novembre 2009.
Certains chercheurs avaient défendu dimanche, à l'ouverture de la conférence internationale sur le sida à Vienne, un début de traitement à 500 CD4, même si cela ne concernait que les pays riches. Mais « il ne faut pas de double standard », notait hier Gottfried Hirnschall, directeur du sida à l'OMS.
L'OMS promeut aussi l'usage de traitements « simplifiés et moins toxiques » par des traitements alternatifs plus supportables mais plus chers. Aussi, tous ceux qui sont co-infectés par le virus de la tuberculose - une co-infection fréquente - devraient entamer un traitement anti-HIV « le plus vite possible ».
« Les nouvelles recommandations peuvent augmenter substantiellement le nombre de personnes éligibles pour un traitement et donc en augmenter le coût », relève l'OMS, qui admet qu'elles puissent ne pas être immédiatement appliquées partout. Elle escompte à tout le moins qu'elles soient mises en place avant la prochaine actualisation de ses directives, en 2012.
Selon les estimations, mettre sous traitement tous les patients ayant un compte de 350 CD4 ou moins devrait « augmenter le nombre des personnes traitées de 49 % » et « faire baisser le nombre des décès de 20 % d'ici à 2015 ».
Fin 2009, 5,2 millions de personnes - 1,2 million de plus qu'en 2008 - étaient sous traitement pour près de 10 millions qui en avaient besoin. Cette nouvelle directive ferait passer à 15 millions le nombre des personnes pour lesquelles le traitement serait recommandé. Avec un effet préventif évident : « Le traitement réduisant le niveau de virus dans le corps, les séropositifs sont moins susceptibles de le passer à leurs partenaires », souligne le Dr Hirnschall. De même, l'impact sur les co-infections sera très important avec « une réduction de 54 à 92 % des cas de tuberculose chez les patients sous traitement », rappelle l'OMS.
Dans une période de tension sur les budgets, l'OMS reconnaît que la mise en œuvre de ces recommandations aurait aussi un impact sur les coûts, de quelque 2 milliards de dollars par an sur la période 2010-2015, selon le Dr Hirnschall. Mais au-delà, cela conduira à un équilibre « coûts-bénéfices ». C'est une situation doublement gagnante avec moins de morts, moins de personnes ayant la tuberculose, moins d'hospitalisation, moins de ces traitements lourds dont ont besoin les personnes les plus atteintes, selon lui.
Pour le Dr Bernard Schartzlander, de l'Onusida, il faut penser « non pas coûts, mais investissement ». « Mais c'est vrai, dit le Dr Hirnschall, que la situation économique n'est pas tellement favorable à des arguments en faveur de coûts additionnels. »
Il reste qu'être traité pendant plusieurs années de plus augmente les risques d'effets secondaires et de résistance au traitement, que l'on entame pour la vie. « Il n'est pas certain que les personnes sans symptômes accepteront le dépistage ou le traitement », reconnaît l'OMS.


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